Gobseck (1830) dresse le portrait fascinant et ambigu d'un usurier parisien, Gobseck, personnage énigmatique dont l'avarice apparente cache en réalité une philosophie de vie radicale sur le pouvoir absolu de l'argent, seule force selon lui capable de dominer véritablement le monde et les hommes bien plus sûrement que l'amour, la gloire ou le pouvoir politique. À travers le récit qu'en fait l'avoué Derville à de jeunes auditeurs mondains, on découvre comment Gobseck a tenu entre ses mains le destin de la comtesse de Restaud, noble ruinée par les dettes de jeu de son amant, contrainte de céder à l'usurier des bijoux de famille et jusqu'à la propriété de ses propres enfants en garantie de ses emprunts, dans un engrenage de dépendance financière qui la dépouille méthodiquement de tout. Gobseck lui-même, froidement lucide sur les mécanismes du pouvoir et de la déchéance sociale, observe avec un détachement presque philosophique la ruine des grandes familles aristocratiques qui, par orgueil ou par vice, viennent tôt ou tard frapper à sa porte, lui qui accumule sans jamais dépenser une fortune considérable jusqu'à mourir seul, entouré de denrées pourries amassées par pure manie de possession. Cette nouvelle fondatrice installe l'un des grands types balzaciens les plus célèbres, celui de l'usurier tout-puissant tirant les ficelles de la société de l'ombre, et prépare directement le personnage plus développé du père Grandet dans le roman suivant. Publié une première fois en 1830 sous le titre Les Dangers de l'inconduite dans les Scènes de la vie privée, le texte est révisé et augmenté en 1835 sous le titre Papa Gobseck avant de recevoir son titre définitif, Gobseck, lors de l'édition Furne de La Comédie humaine en 1842. Ces remaniements successifs du titre et du texte, caractéristiques de la méthode de travail de Balzac qui retouchait sans relâche ses œuvres d'une édition à l'autre, illustrent la lente maturation éditoriale de La Comédie humaine tout au long de la carrière de son auteur.