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Classiquesen Ligne

SCÈNE III

Plaine près du château de Sandal.

Alarme; excursions. Entrent RUTLAND et son GOUVERNEUR.

RUTLAND.--Ah! où fuirai-je? Où me sauverai-je de leurs mains? Ah! mon gouverneur, voyez, le sanguinaire Clifford vient à nous.

(Entrent Clifford et des soldats.)

CLIFFORD.--Fuis, chapelain; ton état de prêtre te sauve la vie.--Mais pour le rejeton de ce maudit duc, dont le père a tué mon père, il mourra.

LE GOUVERNEUR.--Et moi, milord, je lui tiendrai compagnie.

CLIFFORD.--Soldats, emmenez-le.

LE GOUVERNEUR.--Ah! Clifford, ne l'assassine pas, de peur que tu ne sois haï de Dieu et des hommes.

(Les soldats l'entraînent de force. L'enfant reste pâmé de frayeur.)

CLIFFORD.--Allons.--Quoi! est-il déjà mort? ou est-ce la peur qui lui fait ainsi fermer les yeux?--Oh! je vais te les faire ouvrir.

RUTLAND.--C'est ainsi que le lion affamé regarde le malheureux qui tremble sous ses griffes avides, c'est ainsi qu'il se promène insultant à sa proie, et c'est ainsi qu'il s'approche pour déchirer ses membres.--Ah! bon Clifford, tue-moi avec ton épée, mais non pas avec ce regard cruel et menaçant. Bon Clifford, écoute-moi avant que je meure: je suis trop peu de chose pour être l'objet de ta colère: venge-toi sur des hommes, et laisse-moi vivre.

CLIFFORD.--Tu parles en vain, pauvre enfant. Le sang de mon père a fermé le passage par où tes paroles pourraient pénétrer.

RUTLAND.--Eh bien! c'est au sang de mon père à le rouvrir: c'est un homme, Clifford, mesure-toi avec lui.

CLIFFORD.--Eussé-je ici tous tes frères, leur vie et la tienne ne suffiraient pas pour assouvir ma vengeance. Non, quand je creuserais encore les tombeaux de tes pères, et que j'aurais pendu à des chaînes leurs cercueils pourris, ma fureur n'en serait pas ralentie, ni mon coeur soulagé. La vue de tout ce qui appartient à la maison d'York est une furie qui tourmente mon âme; et jusqu'à ce que j'aie extirpé leur race maudite, sans en laisser un seul au monde, je vis en enfer.--Ainsi donc....

(Levant le bras.)

RUTLAND.--Oh! laisse-moi prier un moment avant de recevoir la mort!--Ah! c'est toi que je prie, bon Clifford; aie pitié de moi.

CLIFFORD.--Toute la pitié que peut t'accorder la pointe de mon épée.

RUTLAND.--Jamais je ne t'ai fait aucun mal, pourquoi veux-tu me tuer?

CLIFFORD.--Ton père m'a fait du mal.

RUTLAND.--Mais avant que je fusse né.--Tu as un fils, Clifford; pour l'amour de lui, aie pitié de moi, de crainte qu'en vengeance de ma mort, comme Dieu est juste, il ne soit aussi misérablement égorgé que moi. Ah! laisse-moi passer ma vie en prison; et à la première offense, tu pourras me faire mourir; mais à présent tu n'en as aucun motif.

CLIFFORD.--Aucun motif? ton père a tué mon père: c'est pourquoi, meurs.

(Il le poignarde.)

RUTLAND.--Dii faciant, laudis summa sit ista tuæ 4.

(Il meurt.)

CLIFFORD.--Plantagenet! Plantagenet! j'arrive; et ce sang de ton fils, attaché à mon épée va s'y rouiller jusqu'à ce que ton sang figé avec celui-ci me détermine à les en faire disparaître tous deux.

(Il sort.)