DE L'AMOUR QUI JOUIT.
Sçavoir quelle est la force de la sympathie.
A fait de notre amour l'infaillible complot,
Sitôt que l'on se voit, le cœur dit que l'on s'aime,
Et l'on le croit au premier mot.
Sçavoir ce qui témoigne le plus d'amour, de l'extrême jalousie ou de l'extrême confiance.
Ne vous plaindrez-vous point de moi?
Ah! votre flamme, Iris, n'est pas fort violente,
Car un grand amour nous tourmente,
Et souvent sans raison nous donne de l'effroi.
Enfin, l'extrême confiance
Tient beaucoup de l'indifférence.
Sur le même sujet.
Dont la fausse délicatesse
Et le cœur trop rempli d'amour
Me tourmenteroient nuit et jour.
C'est un grand bourreau de la vie
Que l'excès de la jalousie;
Mais je tiens qu'on seroit encor plus tourmenté
De l'extrême tranquillité.
Sçavoir quand il faut que les honnêtes gens soient jaloux, et quand il faut qu'ils rompent.
Et que, pour toute jalousie,
Il soit quelquefois alarmé
De n'être pas assez aimé.
Mais, si la dame est inquiète
Que l'amant la trouve coquette,
Cela sans en pouvoir douter,
Je le condamne à la quitter.
Sçavoir si c'est un grand mal à un amant que le mari de sa maîtresse soit un peu jaloux.
Contre votre mari jaloux,
Je l'aime, Iris, plus que ma vie;
C'est l'intendant de mes plaisirs:
Il donne par sa jalousie
De la chaleur à mes désirs.
Sur le même sujet.
Votre esprit jaloux nous traverse,
Tircis, vous réveillez nos soins
Qui s'endormoient dans le ménage.
Si nous nous voyons un peu moins,
Nous nous aimons bien davantage.
Sur le même sujet.
Sçavoir quelle est la raison, entre autres, pourquoi les passions finissent, et le bon moyen de s'aimer toujours.
Fréquente, commode et tranquille,
Est la mort à la cour, aux champs et dans la ville,
De la plus grande passion.
Amans, donc, qui mourez d'envie
De vous aimer toujours, un peu de jalousie,
D'absence et de difficultés
Vous feront passer entêtés
Tout le reste de votre vie.
Sçavoir sur quoi il faut rompre avec sa maîtresse.
On peut même oublier mainte coquetterie
(Quoique ce soient d'amour les vrais péchés mortels);
Mais l'infidélité, jamais on ne l'oublie,
Et, comme on est ami jusqu'aux autels,
On est amant jusqu'à la perfidie.
Sçavoir ce qu'on doit faire quand on s'aperçoit qu'on est moins aimé.
D'être moins aimé chaque jour,
Et que, pour voir affoiblir un amour,
On n'en doit pas être moins tendre.
Pour moi, je tiens que c'est abus,
Et conseille alors l'inconstance,
Ne trouvant point de différence
Entre aimer moins ou n'aimer plus.
Sçavoir s'il ne se faut rien pardonner en amour.
Aux gens qu'on aime bien.
Au contraire, il est vraisemblable
Qu'après avoir été coupable
On sera désormais de faillir moins capable;
Mais, Iris, quand on voit qu'on retombe toujours,
On doit compter alors sur de foibles amours,
Et, sur de telles conjectures,
On peut prendre d'autres mesures.
Sçavoir pour quelles raisons et de quelle manière on cesse d'aimer.
Afin que les sots n'en abusent.
L'infidélité rompt l'amour,
Et les petites fautes l'usent.
Sçavoir de quelle manière il faut qu'une maîtresse rompe avec son amant qui l'aime encore.
D'accord avecque votre amant,
Vous le pouvez fort aisément
Sans donner ni souffrir de peines;
Mais, si vous avez projeté
De faire une infidélité
Ou de quitter par lassitude
Un amant encore entêté,
Iris, il y faut de l'étude.
Faites naître quelque embarras;
Changez-vous, de peur d'un fracas,
En diseuse de patenôtres;
Mais ne faites point de faux pas,
Et surtout qu'il ne pense pas
Que vous l'abandonnez pour d'autres.
Sçavoir de quelle manière on doit user sur les présens qu'on s'est faits après qu'on a rompu avec aigreur.
Finit enfin avec rudesse,
Si l'amant, du temps de ses feux,
A fait des dons à sa maîtresse,
Il ne doit rien redemander,
Ni la maîtresse rien garder.
Sçavoir comment on en doit user avec une maîtresse décriée, quoique sage au fond.
Rompe avec sa maîtresse, et même avec éclat,
Lorsque pour un rival l'infidèle soupire:
Cela s'en va sans dire;
Mais, si tout le monde en médit,
Encor que son amant connoisse
L'injustice au fond de ce bruit,
Qui ne vient que de l'air dont elle se conduit,
Il faut que sa délicatesse
Le force à quitter sa maîtresse.
Sçavoir si une dame doit redemander ses lettres après qu'on a rompu avec elle.
N'est pas d'une personne habile.
Cette demande est inutile,
Car on n'a jamais tout rendu;
Il vaut bien mieux, Iris, obliger au silence
Par une entière confiance.
Sçavoir si l'on peut avec raison refuser d'écrire à un amant à qui on a accordé les dernières faveurs.
Par une défiance extrême
Refuse à son amant des lettres de sa main,
Elle fait voir, tant elle est bête,
Qu'elle s'apprête
À le quitter du jour au lendemain,
Et mérite, en suivant cette fausse maxime,
De rencontrer un amant qui la prime,
Et qui, découvrant son secret,
Se fasse prendre sur le fait.
Sçavoir de quelle conséquence sont les lettres en amour.
Que de passer en aimant votre vie,
Écrivez et matin et soir,
Écrivez quand vous allez voir,
Et, quoique vous alliez dire: Ha! que je vous aime!
Écrivez-le et donnez votre lettre vous-même.
Écrivez la nuit et le jour:
Les lettres font vivre l'amour.
Sçavoir si une dame doit demander à son amant qu'il brûle ses lettres ou qu'il les lui renvoie.
Qu'il vous envoie ou brûle vos poulets:
On doit estimer quand on aime,
Et l'on a tort de s'engager
Quand la défiance est extrême,
Ou seulement qu'on peut songer,
Iris, qu'un amant peut changer.
Sçavoir comment un amant en doit user sur les lettres qu'il reçoit de sa maîtresse.
Les lettres de votre maîtresse,
Non pour en abuser un jour,
Mais comme gage de l'amour;
Et là-dessus prenez bien garde
Que la belle ne vous regarde
Comme un impérieux vainqueur
Qui dans une injuste contrainte
La voudroit tenir par la crainte
Plutôt que par son propre cœur;
Et, pour lui mieux lever toutes les défiances,
Laissez entre ses mains, dans vos moindres absences,
Ses faveurs, ses lettres d'amour,
Le tout jusqu'à votre retour.
Sçavoir s'il est vrai, comme quelques uns disent, que l'amour s'use dans un cœur sans qu'on en sçache la raison.
S'est usé dans son cœur, et qu'il ne sçait pourquoi,
Il vous dit une menterie;
Mais la raison qu'a cet amant
De finir sa galanterie
Vaut si peu qu'il n'a pas assez d'effronterie
Pour vous la dire librement.
Il craindroit de vous faire une trop grande offense
S'il vous disoit que l'inconstance
Vient de sa propre volonté:
Si bien qu'il croit vous moins déplaire
En vous parlant de cette affaire
Comme d'une nécessité.
Mais cependant la vérité,
Iris, est que, comme en soi-même
On sçait toujours pourquoi l'on aime,
Pour peu qu'on l'ait examiné,
Aussi jamais on ne se quitte
Sans raison, ou grande, ou petite.
Sçavoir si, dans un grand sujet de plainte, un amant peut s'emporter avec excès en parlant à sa maîtresse.
Vous forcera de vous aigrir,
Il ne faut pas vous retenir;
Mais, dedans quelque état que le dépit vous mette,
Fuyez les termes insolens,
Qu'avec respect votre colère éclate.
Je ne défends pas qu'on la batte,
Car c'est affaire aux paysans,
Et je parle aux honnêtes gens.
Sçavoir de quelle manière il se faut conduire avec la personne qu'on aime quand on lui a donné sujet de se plaindre.
Il faut avec un soin extrême
Tâcher de se raccommoder.
Si la chose peut succéder,
Il faut redoubler de caresses,
D'empressemens et de tendresses,
Et considérer un amant
Comme un pauvre convalescent,
De qui la santé délicate
Mérite bien que l'on le flatte.
Sçavoir de quelle manière il faut que les amans aimés en usent avec les maîtresses qui n'ont pas assez de soin de chasser leurs rivaux.
Dont vous aurez gagné le cœur,
Si quelque rival vous fait peine,
Pour vous en délivrer employez la douceur;
Priez-la de vous en défaire.
Tircis, c'est là qu'il faut pleurer,
Ou, plutôt que de lui déplaire,
Offrez-lui de vous retirer.
Je suis fort trompé si la belle,
Pour n'aimer que vous seul, ne chasse l'autre amant;
Mais quand cette beauté voudroit être infidèle,
Vous travailleriez vainement
À la garder en dépit d'elle.
Sçavoir pourquoi les amans se plaignent toujours.
Nous nous plaignons quasi toujours,
C'est ma faute, Iris, ou la vôtre.
Examinons un peu nos feux,
Et nous verrons que l'un des deux
A toujours plus d'amour que l'autre.
Sçavoir pourquoi on aime mieux après les réconciliations.
On voit croître toujours la flamme des amans
Et se surpasser elle-même:
Nous l'avons cent fois éprouvé.
C'est qu'on avoit perdu quelque temps ce qu'on aime,
Et qu'on est trop heureux de l'avoir retrouvé.
Sçavoir si, quand on se raccommode en amour, on doit garder quelque chose sur le cœur.
Sur quelque différent d'amour,
Iris, il est vrai, c'est la mode
D'oublier tout jusqu'à ce jour,
Et je la trouve assez commode;
Mais lorsque de faillir on a recommencé,
On rappelle tout le passé.
Sçavoir comment les choses se passent d'ordinaire dans les brouilleries.
Et voulez qu'on vous satisfasse.
Tircis, c'est à vous mal pensé;
Il faut plutôt demander grâce.
J'ai vu du moins jusqu'à ce jour
Qu'en pareil cas on la demande,
Et je sçais que c'est en amour
Que les battus payent l'amende.
Sçavoir si les amans qui se plaignent avec emportement n'aiment plus.
Et qui vous plaignez d'une ingrate,
Je ne crois pas votre cœur sans amour.
Quoique votre fureur éclate.
On voit toujours l'amour dans le dépit,
Et jamais dans l'indifférence;
Et, lorsque l'on fait tant de bruit,
On aime encor plus qu'on ne pense.
Sçavoir si la régularité de l'amour contraint les amans.
Que donne une amoureuse flamme
Ne détruit point la liberté.
Par exemple, quand une dame
Donne un rendez-vous quelque jour,
Elle y va pleine de tendresse,
Non pas pour tenir sa promesse,
Mais pour contenter son amour.
Sçavoir s'il est bon à une maîtresse d'obliger son amant à faire servir une autre de prétexte.
La dame ordonne à son amant
De conter ailleurs des fleurettes,
Elle raisonne faussement:
Car, si celle à qui l'on s'adresse
Égale en beauté la maîtresse,
Celle-ci beaucoup risquera;
Si la maîtresse est la plus belle,
Jamais personne ne croira
Que son amant soit infidèle.
Sçavoir à quoi principalement une dame peut connaître si son amant est toujours amoureux.
Que pour quelques raisons vous douterez qu'il aime,
Examinez s'il a toujours un grand respect,
Et croyez en ce cas que sa flamme est extrême.
Sçavoir à quoi l'on peut connaître si l'on est aimé.
L'objet qui cause tous vos feux
Ne perd jamais une occurrence
De vous reconfirmer ses vœux;
S'il est aise de vous revoir,
Mais de cette aise naturelle
Qu'on ne peut montrer sans l'avoir,
Assurez-vous qu'il est fidèle.
Sçavoir ce qui prouve bien qu'un amant aimé aime.
Qui brûle aussi des mêmes feux,
Lui parle toujours de sa flamme,
Il faut qu'il soit fort amoureux.
Sçavoir lequel, de l'amant ou de la maîtresse, donne de plus grandes marques d'amour?
Nos ardeurs sont mutuelles,
Les dames font plus pour nous
Que nous ne faisons pour elles.
Nous ne pouvons pour ces belles
Rien faire équivalant un de leurs billets doux.
Sçavoir s'il suffit entre les amans de se faire les plaisirs qu'ils se sont promis.
La faveur n'est pas grande;
Mais, Iris, pour lui faire un extrême plaisir,
Il le faut prévenir:
Car, enfin, je soutiens devant toute la terre
Qu'on se fait peu valoir,
En amour ainsi qu'à la guerre,
Quand on ne fait que son devoir.
Sçavoir si, quand on aime quelqu'un, on peut dire tout de bon à un autre: «Que ne puis-je être à deux sans me rendre infidèle, Ou que ne suis-je à moi pour me donner à vous!»
À qui l'on tient ces propos doux:
«Que ne puis-je être à deux sans me rendre infidèle,
Ou que ne suis-je à moi pour me donner à vous!»
Ou, si l'on parle sans feintise,
On veut reprendre sa franchise
Et faire quelque méchant tour:
Car, enfin, si tôt qu'on souhaite
De partager ou quitter son amour,
Je tiens l'affaire déjà faite.
Sçavoir laquelle on devroit le mieux aimer, d'une maîtresse médiocrement tendre, mais égale, ou d'une inégale qui auroit quelquefois plus de tendresse.
Avec beaucoup d'égalité
Que d'être un jour accablé de tendresses
Et l'autre de sévérité.
Sçavoir pourquoi, de deux amans qui s'aiment bien, il y en a toujours un qui aime plus que l'autre.
Qu'on se puisse jamais aimer également:
C'est que l'un plus que l'autre à l'amour est sensible,
Et cela, belle Iris, vient du tempérament.
Sçavoir s'il pourroit y avoir une galanterie qui durât toujours.
Si l'on ne peut s'aimer tout le temps de sa vie
Quoiqu'il soit rarement d'éternelles amours,
Si deux esprits bien faits faisoient galanterie,
Ils s'aimeroient toujours.
Sçavoir si une dame peut être gaie en l'absence de son amant.
Un chagrin public en l'absence,
Ne parler que de désespoir;
Mais aussi, belle Iris, je pense
Qu'il est contre l'honnêteté
De pencher à la gayeté.
Sçavoir si l'absence fait vivre ou mourir l'amour.
Des effets que produit l'absence:
L'un dit qu'elle est contraire à la persévérance,
Et l'autre qu'elle fait aimer plus longuement.
L'absence est à l'amour ce qu'est au feu le vent;
Il éteint le petit, il allume le grand.
Sçavoir ce que fait l'absence en amour.
Mais, si l'on veut que son feu s'éternise,
Il faut se voir et quitter par reprise:
Un peu d'absence fait grand bien.
Sur le même sujet.
Revoit l'objet qui rend ses vœux contens,
Je vous apprens, Iris (qu'il ne vous en déplaise),
Qu'il n'a pas dans le cœur de plus fortes amours,
Mais qu'il est mille fois plus aise
Que s'il la voyoit tous les jours.
Sur la même question.
Iris, quand on s'est rapproché
Après quelque petit voyage,
Le cœur n'en est pas plus touché,
Mais les sens le sont davantage.
Sçavoir comme il en faut user dans les absences, quand il arrive quelque sujet de se plaindre les uns des autres.
Des sujets d'éclaircissement,
Amans, faites vos diligences
Pour vous éclaircir promptement;
Mais si vous n'osez pas librement vous écrire,
Jusqu'à votre retour il faut là tout laisser
Plutôt que de ne pas tout dire,
Et par là vous embarrasser.
Sçavoir si les amans se doivent laisser aller à leur douleur quand ils se disent adieu, ou s'ils ne se le doivent point dire, pour s'épargner des chagrins.
On lui doit aux adieux des soupirs et des larmes,
Et quand deux amans quelquefois
Se sont en se quittant déguisé leurs alarmes,
Ils tirent, en doublant leurs mortels déplaisirs,
Un tribut plus amer de pleurs et de soupirs.
Sçavoir si l'amant n'est pas obligé, comme la maîtresse, de lui garder son corps aussi bien que son cœur.
Tantôt à droit, tantôt à gauche,
Deshonore infailliblement
La maîtresse plus que l'amant;
Cependant je tiens pour maxime
Qu'à tous deux, en amour, c'est un aussi grand crime,
Et que le commerce des sens
Où l'on n'a point d'engagemens
N'est pas moins contre la tendresse
De l'amant que de la maîtresse.
Sur la même question.
Quand vous prônez comme evangile
Qu'à vous seul, trop injuste amant,
Il est permis d'être fragile.
Philis auroit raison de vous répondre ainsi:
Et moi je suis fragile aussi.
Sçavoir si c'est par la faute d'une dame qu'un amant s'opiniâtre à l'aimer, ou s'il dépend d'elle de s'en défaire.
Ne sçauroit jamais si bien faire
Que, lorsqu'il plait à quelque amant,
On ne lui parle tendrement;
Mais quand cet amant persévère,
Elle y donne consentement.
Sçavoir si l'on se peut donner des leçons en amour.
Il n'est pourtant pas mal que les amans s'instruisent.
Ils feront donc fort bien si parfois ils se disent
Ce qu'ils croiront utile à se bien enflammer.
Sçavoir si, dans les éclaircissemens d'amour, il faut entrer dans quelque détail.
On vient à l'éclaircissement,
Il faut parler profondément
Du sujet de la brouillerie:
Car d'en parler en général,
Cela ne guérit point le mal.
Sçavoir combien la sincérité est nécessaire en amour.
En honnête galanterie;
J'excuse volontiers et bien plutôt j'oublie
Un crime dont on fait l'aveu
Qu'une bagatelle qu'on nie.
Sçavoir si on peut bien aimer et n'être pas sincère.
Est sur toutes choses sincère;
Elle craint plus, lorsqu'elle ment,
D'être elle-même sa partie
Que de déplaire à son amant
S'il la trouvoit en menterie.
Sur la même question.
Et prend toujours plaisir à la sincérité;
Mais si, pour s'excuser auprès de ce qu'elle aime,
Elle parle une fois moins véritablement,
Elle craint plus en ce moment
Ce qu'elle se dit à soi-même
Que ce que lui dit son amant.
Sçavoir si une maîtresse peut avoir quelque raison de cacher à son amant qu'on lui a parlé ou écrit d'amour.
Lorsque pour vous quelqu'un soupire.
Si c'est une faute en amour
De n'être pas toujours sincère
Avec des gens pour qui l'on doit aimer le jour,
Encor que le secret ne leur importe guère,
Vous jugez bien quel crime c'est
De ne m'en pas dire un où j'ai tant d'intérêt.
Sçavoir lequel est le plus opposé à l'amour, de la haine ou de l'indifférence.
Que l'on pourra d'aimer recommencer un jour.
Je trouve bien plus de distance
De l'amour à l'indifférence
Que de la haine à l'amour.
Sçavoir s'il y a des fautes en amour qu'on puisse traiter de bagatelles.
Tout ce qui peut l'amour nourrir,
Tout ce qui le peut amoindrir,
Tout ce qui le peut agrandir,
Tout est d'extrême conséquence.
Enfin, pour vous le faire court,
Rien n'est bagatelle en amour.
Sçavoir si l'on se doit tutoyer en amour, ou non.
On n'a jamais manqué de se traiter de vous;
Puis après il dépend de nous
De le faire toujours ou faire le contraire,
L'un et l'autre est indifférent;
Je n'en voudrois aucun prescrire ni défendre:
Le vous me paroît plus galant,
Mais je trouve le toi plus tendre.
Sçavoir s'il y a des rencontres où un amant doive hasarder sa réputation pour sa maîtresse.
Par caprice ou par vanité,
Vous vouloit obliger de faire une bassesse
Qui choquât votre honneur et votre probité,
Donnez-vous garde de la croire;
Rompez plutôt, il en est temps,
Et sçachez que l'amour ne va qu'après la gloire
Dans le cœur des honnêtes gens.
Si pourtant l'aimable Sylvie
Avoit besoin de votre vie
Pour la tirer d'un mal, ou lui faire un grand bien,
Alors ne ménagez plus rien.
Sçavoir s'il y a des rencontres où une dame doive hasarder sa réputation pour son amant.
Pour ôter quelque impression
Qui d'un amant jaloux pourroit troubler la tête,
Il seroit mal d'avoir un moment hésité;
Et ce seroit alors qu'il seroit fort honnête
De n'avoir point d'honnêteté.
Sçavoir si l'on peut vouloir mourir pour sauver la personne qu'on aime.
Ne croyez point à ces paroles:
«Pour vous je courrois au trépas.»
Ma foi, ce sont des hyperboles.
Mais lorsque votre cœur ressent les mêmes coups,
Je comprends bien par moy que l'on mourroit pour vous.
Sçavoir ce qu'on préféreroit, ou la mort ou l'infidélité de son amant.
Ce que je choisirois plutôt en mon amant,
De la mort ou de l'inconstance.
Croyez-vous qu'en cela je balance un moment?
J'aimerois mieux mourir, Sylvie,
Que s'il avoit perdu le jour;
Mais je l'aimerois mieux sans vie
Que sans amour.
Sçavoir s'il faut que les amans cherchent à se voir le plus qu'ils peuvent et le plus commodément.
Voir jamais assez vos maîtresses,
Vous pourriez bien, par vos empressemens,
Trouver la fin de vos tendresses.
Laissez donc des difficultés,
Ne levez point tous les obstacles;
Autrement, sans de grands miracles,
Vous serez bien tôt dégoûtés.
Sçavoir si les amans qui se voient commodément en particulier doivent chercher encore à se voir souvent en public.
Loin des témoins, hors de la presse,
Mais en public fort rarement;
Et voici mon raisonnement:
Si sa flamme a trop de lumière,
Le mari la voit, ou la mère,
Et ce malheur peut être grand;
Si son air est indifférent,
L'amant peut croire qu'en la belle
L'indifférence est naturelle.
Sçavoir s'il faut épouser sa maîtresse publiquement, clandestinement, ou ne la point épouser du tout.
Veut la pouvoir haïr un jour.
Le peché fait vivre l'amour,
Et l'hymen mourir la tendresse;
Mais si l'on craint fort le péché,
Il faut que l'hymen soit caché.
Sçavoir s'il est possible que les amans qui se marient s'aiment encore longtemps après.
De respects, de difficultés;
L'hymen est plein d'autorités,
Peut tout et ne daigne rien faire:
Assembler l'hymen et l'amour,
C'est mêler la nuit et le jour.
Sur la même question.
L'amour dans l'hymen perd son feu;
Et, quand vous m'alléguez que Céladon soupire
Et fait encor le serviteur,
C'est par honte de s'en dédire:
Il n'aime plus que par honneur.
Sur la même question.
De vous épouser me presse.
Ne blâmez point mon refus,
Iris, en voici la cause:
Epouser et n'aimer plus,
En amour c'est même chose.
Sur la même question.
D'aimer toujours votre Sylvie,
Laissez là le sacrement.
Vouloir épouser la belle,
C'est vouloir rompre avec elle
Un peu plus honnêtement
Que par votre changement.
Sçavoir si la mauvaise fortune ou la perte de la beauté peuvent rendre excusable le changement des amans.
Rien de leur passion ne les peut affranchir.
Devenir laids, Iris, devenir misérables,
Tout cela ne fait que blanchir.
Sçavoir comment une maîtresse en doit user quand son amant est malheureux, et que leur amour a fait du bruit.
Et que votre galant tombe en quelque disgrâce,
Un désespoir seroit de fort mauvaise grâce,
Il seroit mal à vous de pleurer jour et nuit;
Mais, Iris, votre indifférence
Choqueroit plus la bienséance.
Sçavoir ce que les malheurs peuvent faire sur l'esprit d'un amant fort amoureux et fort aimé.
Est sûr du cœur de sa maîtresse,
La fortune la plus traîtresse
Ne le peut rendre malheureux.
Sa prison ne sçauroit ébranler sa constance;
Il la sent aussi peu que s'il étoit brutal,
Et même son exil ne lui paraît un mal
Que parcequ'il est une absence.
Sçavoir si l'on peut avoir toujours de l'amour pour une dame sans en recevoir les dernières faveurs.
De m'accorder les grands plaisirs,
Vous me dites qu'au seul désir
Je devrois borner ma tendresse,
Que mille gens n'aiment pas autrement.
Chacun, Iris, aime comme il l'entend;
Mais, quant à moi, j'ai moins de continence,
Et, quand l'amour dure sans jouissance,
Je crois que c'est la faute de l'amant.
Sçavoir si l'amour peut durer lorsqu'il n'y a point de jouissance, ou lorsque la brutalité est extrême.
Adorable Bélise.
L'un veut aimer, mais chastement;
L'autre, sans s'attacher, veut de l'emportement.
Tous ces gens-là prennent l'amour à gauche
Et lui donnent un méchant tour.
On se lasse à la fin d'espérer nuit et jour,
On se lasse encor plus de la seule débauche;
Mais il nous faut mêler la débauche à l'amour.
Sçavoir si l'amour se détruit par la jouissance.
Qui trouve des défauts après la jouissance
Se guérit assez promptement;
Mais quand un corps bien fait, quand de la complaisance,
Se trouve avec un cœur rempli de passion,
En ce cas la reconnoissance
Se joint à l'inclination,
Et l'on tire de la constance
Une longue possession.
Sçavoir lequel est le plus honnête à une dame, de se retenir ou de se laisser aller à sa passion.
On vous accuse de folie;
Quand vous aimez infiniment,
Iris, on en parle autrement:
Le seul excès vous justifie.
Sur la même question.
Il faut que votre flamme augmente nuit et jour,
Et l'excès, ailleurs condamnable,
Est la mesure raisonnable
Que l'on doit donner à l'amour.
Sur la même question.
Est assez grand, belle Climène.
Vous ignorez donc, inhumaine,
Qu'en amour assez est trop peu;
Cependant la chose est certaine,
Et, si sur ce chapitre on croit les plus sensés,
Quand on n'aime pas trop, on n'aime pas assez.
Sçavoir s'il faut dire tout ce qu'on sçait à la personne qu'on aime, ou avoir quelque chose de réservé pour elle.
Encor que quelques-uns en parlent autrement,
Doit de tous ses secrets un entier sacrifice,
Et, lorsqu'un de ses amis sçait
Qu'elle a découvert son secret,
Il faut qu'il se fasse justice.
Quand on se donne, il doit juger
Qu'on n'a plus rien à ménager.
Sçavoir l'usage qu'une femme doit faire de la pudeur et de l'emportement.
Ait, pour être selon mon cœur,
De l'emportement tête à tête,
Partout ailleurs de la pudeur;
Que les apparences soient belles,
Car on ne juge que par elles.
Sçavoir de quelle manière il faut que les amans qui s'aiment se parlent entre eux.
Dans tout ce que vous vous direz
Jamais un seul mot de rudesse,
Dans la voix même point d'aigreur:
Car l'amour naît par la tendresse
Et s'entretient par la douceur.
Sçavoir ce qu'il faut faire pour empêcher sa passion de finir.
Ne vous relâchez point dans sa prospérité,
Et, pour amuser la nature,
Qui se plaît à la nouveauté,
Recommencez vos soins jusques aux bagatelles:
En amour, c'est la vérité,
Les recommencemens valent choses nouvelles.
Sçavoir d'où vient que les amours ne durent pas long-temps.
N'aiment jamais fort long-temps,
C'est que les premiers jours qu'une affaire commence,
On a de la complaisance,
De la tendresse et du soin,
Et qu'ensuite on s'en dispense.
Dans la longue jouissance,
On en a bien plus besoin.
Sçavoir de quelle manière il faut que les dames qui ont un amant en usent avec les gens qui leur ont témoigné de l'amour et qu'elles ne veulent pas aimer.
Traitent d'un plus grand sérieux
Ceux qui leur ont offert des vœux
Que ceux qui n'ont point eu pour elles de tendresses:
Car des civilités pour des indifférens
Sont des faveurs pour les amans.
Sçavoir si l'amour change les tempéramens.
Change son tempérament
Pour se rendre tout semblable
À ce qu'il trouve d'aimable.
L'amour du matin au soir
Ne va pas du blanc au noir;
Mais si l'humeur sérieuse
Me prend l'autre extrémité,
Du moins cette impérieuse
A moins de sévérité.
Sçavoir si, lorsqu'on est éperdûment amoureux, on trouve quelque chose de plus beau que sa maîtresse.
Vous l'emportez sur ma maîtresse:
Vous avez de plus beaux cheveux,
Rien n'est comparable à vos yeux;
Mais, quoiqu'enfin vous soyez bien plus belle,
Vous ne me plaisez pas tant qu'elle.
Sçavoir s'il est bon d'avoir un confident en amour.
Si l'on s'en peut passer on ne fait pas trop mal;
Mais si vous en prenez, qu'il vous soit inégal,
Car autrement, pour l'ordinaire,
Un confident devient rival.
Sçavoir laquelle est la plus grande, de la première ou de la seconde passion.
Mais les feux ne sont pas constans;
Et la seconde fois qu'on aime,
On aime moins, mais plus long-temps.
Sçavoir si l'on peut être en repos quand on doute de l'état auquel on est avec la personne qu'on aime.
Quand vous aurez sur votre affaire
Un éclaircissement à faire,
Jusqu'à ce qu'il soit fait, n'ayez point de repos.
Sçavoir si l'on ne voit pas bien, quand on commence d'aimer, que l'amour ne durera pas toujours.
Il n'est point d'honnête maîtresse
Qui croie en s'embarquant voir finir sa tendresse:
On se flatte, et l'on croit qu'on aimera toujours.
Sçavoir auquel on se doit prendre, de son rival ou de sa maîtresse, de l'infidélité de celle-ci.
Et nous fait trop de mal,
C'est contre une maîtresse
Qu'il faut être brutal,
Et non contre un rival.
Sçavoir si l'on peut aimer long-temps une maîtresse coquette.
La dernière délicatesse.
Je suis sur ce sujet de l'avis de César,
Et ce n'est pas assez, Iris, à mon égard,
Qu'elle soit au fond innocente:
Je veux que du soupçon
Elle soit même exempte.
Sçavoir de quelle manière il faut que les amans aimés se conduisent avec les maris de leurs maîtresses.
Il en est d'autres peu dociles.
Vous, amans qui serez habiles,
Verrez comme il en faut user;
Mais enfin, de quelque manière
Que les pauvres cocus soient faits,
Ou d'humeur douce, ou d'humeur fière,
Avec eux en public ne vous couplez jamais.
Sçavoir si une femme peut être bonne fortune deux fois en sa vie.
Grâce à ton extrême froideur,
Cesse de nous vanter ta vertu non commune.
Je n'estime pas moins l'autre tempérament,
Pourvu qu'il aime honnêtement.
On est toujours bonne fortune
Quand on aime bien son amant.
Sçavoir si, quand on s'aime, la maîtresse peut prétendre que son amant fasse des choses pour elle qu'elle ne feroit pas pour lui.
C'est à nous seuls, Iris, à souffrir les tourmens;
Mais, après que notre maîtresse
A pris pour nous de la tendresse,
Tous les soins doivent être égaux:
De même que les biens, on partage les maux.
Sçavoir s'il est vrai que l'amour frappe un cœur comme un coup de foudre qu'on ne peut éviter.
Vous dites que l'amour vous blesse,
Que tous ses coups sont imprévus.
Climène, c'est un pur abus.
Je crois qu'une aimable présence
Peut, nous trouvant sans résistance,
Insensiblement nous charmer;
Mais je tiens pour chose certaine
Que nous n'aimons jamais, Climène,
Que nous ne voulions bien aimer.
Sçavoir si l'on peut aimer sans estimer.
La passion est dans le sang,
Et, sa chaleur fût-elle extrême,
On ne sçauroit aimer long-temps.
Sçavoir de quelle manière les amans en doivent user ensemble sur l'intérêt.
N'aura jamais mon cœur;
Mais, après avoir eu des faveurs de Carite
Par la force de mon mérite,
Si cette belle avoit besoin
Ou de mon bien, ou de ma vie,
Je n'aurois pas de plus grand soin
Que de contenter son envie.
Les amans sur le bien font comme les Chartreux:
Tout doit être commun entre eux.
Sçavoir si la délicatesse des amans et des maîtresses sur leur conduite doit être égale.
Des soins qui me sont superflus.
Quand on dit que j'aime Carite,
Iris, je vous contente en ne la voyant plus.
Mais, lorsque le bruit court que vous aimez Orante,
Vous me montrez en vain que vous ête innocente.
Si le public n'en voit autant,
Je ne puis pas être content.
Sur le même sujet.
De nos devoirs la différence:
Je ne puis vous blesser, Iris, que par l'effet;
Vous pouvez m'offenser par la seule apparence.
Sçavoir si les dames peuvent être excusables de faire les avances.
De qui le cœur rempli de flamme
Paroîtroit le premier charmé.
L'avance en vous est condamnable,
Et, si quelque raison la peut rendre excusable,
C'est quand vos cœurs, Iris, n'ont jamais rien aimé.
Sçavoir s'il est vrai que l'amour égale les conditions.
La bergère avecque le roi.
Si tôt qu'il en fait sa maîtresse,
Si tôt qu'elle a pu l'engager,
La bergère devient princesse,
Ou le prince devient berger.
Sçavoir qui a le plus de plaisir dans une affaire réglée, ou celui qui aime, le plus, ou celui qui aime le moins.
Vous croyez peut-être, Sylvie,
Que des deux le moins amoureux
Goûte en paix la plus douce vie.
Ce n'est pas là mon sentiment,
Et je crois plutôt que l'amant
Dont l'ame d'amour toute pleine
A de plus violens désirs
Ressent quelquefois plus de peine,
Mais bien souvent plus de plaisirs.
Sçavoir si le plus amoureux est toujours le plus content.
N'est pas toujours le plus heureux.
La moindre négligence blesse
Son extrême délicatesse;
Quoi qu'on fasse pour luy de bien,
Quoi qu'à luy plaire on se dispose,
Si l'on manque à la moindre chose,
Il ne compte cela pour rien.
Cependant, quand il voit qu'assurément on l'aime,
Son plaisir est extrême,
Et, pour avoir, Iris, beaucoup moins de tourment,
Il ne voudroit jamais aimer moins tendrement.
Sçavoir s'il faut tenir sa maîtresse par d'autres choses que par elle-même.
Par une jalousie extrême,
Veuille empêcher celle qu'il aime
De voir le monde librement.
Je tiens que c'est une foiblesse,
Et je croirois que ma maîtresse
Me garderoit alors sa foi
Par la nécessité de ne rien voir que moi.
Sçavoir si une dame qui fait fort valoir les faveurs qu'elle fait à son amant lui persuade qu'elle l'aime beaucoup.
Vous faites valoir la faveur
Que vous donnez à Théagène;
Mais, d'un autre côté, c'est trahir votre feu:
Car, en lui témoignant, Climène,
Que vous la donnez avec peine,
Vous montrez que vous aimez peu.
Sçavoir quel est le plus sûr moyen de s'aimer long-temps et agréablement.
Il faut que la maîtresse, Iris,
Avec ces gens qui vont prônant partout leurs flammes,
Ait un peu de rusticité,
Et qu'aussi le galant, avec toutes les dames,
N'ait que de la civilité.
Sçavoir si l'on peut avoir deux grandes passions en sa vie.
Que l'on rencontre rarement
Quelqu'un aimant deux fois fortement en sa vie,
Parce qu'on voit malaisément
Quelqu'un aimer bien tendrement;
Mais, à ceux de qui le cœur tendre
Ne sçauroit vivre sans amour,
Il est aisé de se reprendre,
Et plus fort que le premier jour.
Sçavoir ce que cela fait sur le cœur d'un amant aimé que sa maîtresse soit accablée des caresses de son mari.
Fasse l'amant auprès de vous,
Cela n'est point à la mode.
Pour moi, j'en souffre nuit et jour:
Car enfin, Iris, son amour
Vous plaît ou vous incommode.
Sçavoir comment un mari doit faire pour se faire aimer d'une jolie femme qu'il a épousée sans l'avoir connue auparavant.
Ne répond pas bien à ta flamme:
Te mocques-tu des gens d'espérer ces douceurs?
Elle commence à te connoître
Sous le titre de son maître:
Ce n'est pas sous ce nom que l'on gagne les cœurs.
Prends l'air d'amant, sers-toi de cette amorce:
Cela te fera des appas.
On peut prendre le corps par force,
Mais le cœur ne s'insulte pas[167].
Sçavoir s'il suffit à un amant d'avoir souvent donné des marques de son amour à la personne qu'il aime, sans se soucier de recommencer tous les jours.
De me donner à tous momens
Des marques de votre tendresse,
Vous me répondez brusquement:
«N'êtes-vous pas encor content
De tout ce que j'ai pu vous dire,
De ce que j'ai pu vous écrire,
À tous les quarts d'heure du jour,
Sur le sujet de mon amour?»
Non, belle Iris, je parle avec franchise,
Le passé chez l'amant ne se compte pour rien;
Il veut qu'à toute heure on lui dise
Ce qu'il sçait déjà fort bien.
Sçavoir si les amans doivent être en alarme de voir leurs maîtresses extrêmement caressées par leurs maris.
Je voyois son mari sans cesse sur ses bras.
Cette belle vit ma peine,
Et me dit ceci tout bas:
«Remets le calme en ton âme,
Et sçache que l'empressement
D'un mari que hait sa femme
Fait plus aimer son amant.»
Sçavoir lequel il vaudroit mieux pour une fille qui se marieroit sans amour, que son mari en eût beaucoup pour elle ou point du tout.
D'un grand amour de votre époux!
Il seroit mal qu'il vous fût infidèle,
Mais il seroit plus mal qu'il fût jaloux de vous,
Et l'amour le rendroit jaloux.
Sçavoir si un mari fort laid a raison de souhaiter que sa femme le regarde.
De ne point attirer les regards d'Ennemonde.
Laisse-la, pauvre innocent,
Plutôt que toi regarder tout le monde.
Qu'elle envisage son devoir:
Par là tu te pourras sauver du cocuage;
Mais si c'est toi qu'elle envisage,
Cela n'est pas en ton pouvoir.
Sçavoir ce qui est préférable en une belle maîtresse, ou le cœur, ou le corps.
Il aimeroit mieux la personne;
Mais, pour moi, je n'aime ton corps
Qu'autant que ton cœur me le donne.
Sçavoir si une femme peut aimer son mari, quoi qu'il vive bien avec elle, quand elle aime son amant.
«N'aimez-vous pas bien votre époux?
Il est complaisant, il est doux,
—Non, dit-elle,—Et d'où vient, dit Philis, votre haine?
Vous avez un si bon cœur,
Tant de justice et de douceur!
Vous avez tant de pente à la reconnoissance!
—Il est vrai, dit Climène, il seroit mon ami
S'il n'étoit pas mon mari;
Mais je n'ai rien pour lui que de la complaisance.
Avecque lui je vis honnêtement;
Je ne l'aime qu'en apparence,
Et dans le fond du cœur je le hais fortement,
Comme un rival de mon amant.
Sçavoir ce que fait la présence et l'absence de ce qu'on aime.
La voir est mon plus grand bien:
Il n'est rien tel que d'être avecque ce qu'on aime;
Tout le reste n'est rien.