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PRÉFACE

En 1887, pendant que je lisais avec mes élèves la chronique de Grégoire de Tours, je fus frappé de la différence de couleur et d’accent qui règne dans les diverses parties du livre II, consacré, comme on sait, à l’histoire des premiers rois mérovingiens.

Cette différence me parut surtout remarquable dans les pages qui racontent le règne de Clovis ; elles me faisaient l’effet d’une vraie mosaïque, formée des morceaux les plus disparates. Je voulus me rendre compte de l’origine de ce phénomène, et des recherches auxquelles je me livrai résulta un mémoire intitulé : les sources de l’histoire de Clovis dans Grégoire de Tours, qui fut lu le 9 avril 1888 à Paris, au premier Congrès scientifique international des catholiques. A ce travail se rattachèrent plus tard une étude sur l’histoire de Clovis dans Frédégaire et une autre sur le Gesta Regum Francorum, qui achevèrent de me convaincre de l’existence d’un important élément traditionnel et oral dans l’historiographie mérovingienne. Je m’attachai alors à dégager cet élément, en remontant le cours de l’histoire des Francs jusqu’aux origines de la nation, et en le redescendant jusqu’au dernier rejeton de Mérovée. Ce fut un long et minutieux travail, souvent interrompu par des besognes professionnelles : il est venu finalement aboutir à ce livre, dont j’ai suffisamment fait connaître la nature et le plan dans l’introduction. Qu’il me soit permis d’ajouter que dans l’étude de questions si délicates et, sous certains rapports, si neuves, l’écrivain a quelque droit de compter sur l’indulgence du lecteur.

Liège, le 19 janvier 1893.