Horace (1841) raconte l'ascension et la chute morale d'Horace, jeune étudiant parisien d'origine modeste mais brillant et ambitieux, qui, fasciné par le mode de vie et les manières de la bonne société parisienne qu'il fréquente grâce à ses études, finit par renier progressivement ses origines populaires et par mépriser la jeune ouvrière Marthe qui l'aime pourtant sincèrement et porte même un enfant de lui, préférant poursuivre des ambitions sociales et amoureuses plus prestigieuses mais fondamentalement égoïstes et vaniteuses. Le roman, qui se déroule dans le contexte des mouvements républicains et des émeutes populaires du début des années 1830 sous la monarchie de Juillet, met en scène par contraste avec l'égoïsme grandissant d'Horace des personnages secondaires plus sincèrement engagés dans la cause républicaine et populaire, dont le dévouement et l'authenticité morale soulignent par contraste la vanité et l'arrivisme social du protagoniste principal. Sand y dresse une critique sociale mordante de l'arrivisme et du snobisme social de certains jeunes gens d'origine modeste qui, une fois introduits dans les cercles plus aisés grâce à leurs études, renient honteusement leurs origines populaires et les valeurs authentiques de solidarité et de sincérité qui devraient pourtant primer sur les seules conventions mondaines. Par sa critique sociale de l'arrivisme et son arrière-plan politique républicain contemporain, ce roman illustre l'engagement social croissant de George Sand dans la période qui précède directement son engagement actif lors de la Révolution de 1848. Publié en 1841, ce roman de la maturité littéraire de George Sand précède de sept ans son propre engagement personnel actif lors des journées révolutionnaires de février 1848, dont il annonce déjà certaines des préoccupations sociales et politiques. Le personnage d'Horace, incarnation romanesque de l'arrivisme social dénoncé par Sand, reste aujourd'hui un contrepoint éclairant aux héros plus sincèrement engagés de ses autres romans de la même période. Ce roman reste ainsi une lecture éclairante sur les tensions sociales de la monarchie de Juillet.