L'Assommoir (1877), septième volume des Rougon-Macquart et premier immense succès populaire de Zola, raconte la déchéance de Gervaise Macquart, blanchisseuse arrivée à Paris avec l'espoir d'une vie honnête, abandonnée par son premier compagnon Lantier puis remariée au zingueur Coupeau. Le couple connaît un temps de prospérité modeste : Gervaise ouvre sa propre boutique de blanchisserie, symbole de sa réussite et de sa dignité retrouvée, jusqu'à ce qu'un accident de travail de Coupeau, tombé d'un toit, précipite sa déchéance dans l'alcoolisme et entraîne toute la famille dans la ruine. Zola situe l'essentiel de l'intrigue dans et autour de l'assommoir du père Colombe, ce cabaret où trône un alambic à alcool de cuivre rutilant qui distille lentement la déchéance physique et morale de tout un quartier ouvrier parisien, jusqu'à la mort atroce de Coupeau en pleine crise de delirium tremens et l'agonie solitaire de Gervaise, oubliée de tous. Rédigé dans une langue argotique et orale qui a fait scandale à l'époque par sa crudité assumée, le roman est une dénonciation implacable des ravages sociaux de l'alcoolisme dans le monde ouvrier, autant qu'un tableau d'une richesse documentaire exceptionnelle sur la vie quotidienne, les fêtes et les misères du petit peuple parisien du Second Empire. Best-seller immédiat malgré les scandales qu'il suscite, L'Assommoir installe définitivement la réputation de Zola comme chef de file du naturalisme. Le roman, d'abord publié en feuilleton en 1876 avant sa parution en volume en janvier 1877, suscite un tel scandale, accusé de pornographie par la droite conservatrice et de trahir la classe ouvrière par la gauche, que Zola rédige une préface où il défend son livre comme « le plus moral » de ses œuvres, une peinture vraie du peuple plutôt qu'un mensonge complaisant. Ce succès commercial retentissant, malgré ou grâce au scandale qu'il déclenche, assure à Zola une indépendance financière nouvelle et lui permet de poursuivre sereinement l'ensemble du cycle des Rougon-Macquart.