L'Illustre Gaudissart (1833) met en scène Félix Gaudissart, voyageur de commerce parisien d'une faconde et d'un talent de persuasion si remarquables qu'il a acquis dans sa profession une réputation quasi légendaire, capable de vendre indifféremment des chapeaux, des assurances sur la vie ou des abonnements à des journaux grâce à sa seule éloquence commerciale inépuisable et à son sens consommé de la manipulation verbale de ses interlocuteurs les plus réticents. Envoyé en tournée commerciale dans la région de Tours, Gaudissart se heurte pourtant, pour la première fois de sa carrière triomphante, à un adversaire inattendu à sa mesure : un vieux vigneron de Vouvray, atteint d'une idée fixe et vaguement dérangé, qui tente lui-même inlassablement de vendre à Gaudissart un vin qu'il ne produit plus depuis longtemps, situation cocasse où le grand vendeur professionnel se retrouve pour une fois totalement désarçonné face à un interlocuteur dont la propre logomanie rivalise avec la sienne sans jamais véritablement communiquer avec lui. Balzac y développe, à travers cette confrontation savoureuse entre deux maîtres du discours incapables de s'entendre véritablement, une réflexion ironique sur la vacuité de la parole commerciale et sur l'isolement fondamental de tout esprit enfermé dans sa propre idée fixe, qu'il s'agisse de la manie commerciale de Gaudissart ou de la folie douce et obstinée du vigneron tourangeau. Cette nouvelle, qui s'inscrit dans les Scènes de la vie de province consacrées à la ville de Tours chère à Balzac, offre un tableau savoureux et satirique des mœurs commerciales de la France provinciale sous la monarchie de Juillet. Par sa satire enjouée du langage commercial et de l'incommunicabilité des idées fixes, L'Illustre Gaudissart reste l'une des nouvelles les plus légères et les plus spirituelles de Balzac. Cette nouvelle enjouée contraste ainsi agréablement avec la noirceur plus fréquente d'autres textes balzaciens de la même période consacrés aux mêmes provinces françaises.