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Classiquesen Ligne

RÉFLEXION.

Nous voyons ici l'accomplissement des promesses divines, des espérances du genre humain, des figures et des prophéties de l'ancienne Loi. Le sacrifice réel, celui qui opère à jamais la réconciliation de l'homme avec Dieu, succède aux sacrifices symboliques et sans efficacité. La véritable Pâque est immolée562, la manne céleste nourrit désormais, non plus seulement le peuple d'Israël, mais tous les peuples de l'alliance nouvelle, tous les vrais enfants du Père des croyants. À l'exemple du Roi de Paix563, le Pontife éternel selon l'ordre de Melchisedech564, offre au Très-Haut le pain et le vin, le pain vivant descendu du Ciel565: et le pain qu'il donne est sa chair566, et le vin est son sang; et en vérité, à moins qu'on ne mange la chair, et qu'on ne boive le sang du Fils de l'homme, on n'aura point la vie en soi567: car ma chair, il le dit lui-même, est vraiment une viande, et mon sang un breuvage: celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi en lui568: voilà le pain descendu du Ciel: qui mange ce pain vivra éternellement569. Il n'y a point à hésiter; ce langage est clair; il faut se soumettre, il faut dire: Je crois; Seigneur, augmentez ma foi570. Et qu'avaient annoncé les Prophètes? Les pauvres mangeront et seront rassassiés, et leur âme vivra éternellement. Tous les riches de la terre ont mangé et ont adoré: tous ceux qui habitent la terre se prosterneront en sa présence571. Et nous aussi, dans l'inébranlable fermeté de notre foi, mangeons et adorons; rassasions-nous de celle chair, abreuvons-nous de ce sang, qui nous transforme en Jésus-Christ même. Victime d'un prix inestimable, il acquitte volontairement notre dette envers la justice divine, et pour nous appliquer, sans réserve et sans mesure, la vertu de son sacrifice, il unit sa chair à notre chair, son âme à notre âme, de sorte que, par celle ineffable union, nous sommes remplis de la divinité dont la plénitude habite en lui corporellement572. Prodigieux mystère d'amour! L'homme a mangé le pain des anges573. Et comment? parce que «le Verbe de Dieu qui nourrit, dit saint Augustin, de sa substance incorruptible les anges incorruptibles, s'est fait chair, et a habité parmi nous574. Comme donc la créature spirituelle se nourrit du Verbe, qui est son aliment par excellence; et comme l'âme humaine, spirituelle aussi, mais, en punition du péché, chargée des liens de la mortalité, a été abaissée de telle sorte, qu'il faut qu'elle s'efforce d'atteindre par les conjectures des choses visibles, à l'intelligence des choses invisibles: l'aliment spirituel de la créature a été fait visible, non par un changement de sa nature, mais relativement à la nôtre, afin qu'en cherchant ce qui est visible, nous fussions rappelés au Verbe invisible575.» Chrétiens, allez au banquet sacré, approchez-vous de cette table où Jésus-Christ tout entier se livre à vous, où le Verbe divin se fait lui-même votre aliment incompréhensible: Prenez et mangez le véritable pain du Ciel576. Là est l'espérance, la vie, la dernière épreuve de la foi, la consommation de l'amour.

[562] I. Cor., V, 7.

[563] Gen., XIV, 18.

[564] Ps. CIX, 4.

[565] Joann., VI, 51.

[566] Ibid., 52.

[567] Ibid., 54.

[568] Ibid., 56, 57.

[569] Ibid., 59.

[570] Luc., XVII, 5.

[571] Ps. LIX, 21, 27, 30.

[572] Coloss, II, 9, 10.

[573] Ps. LXXVII, 25.

[574] S. Aug., Enarrat. in Ps. LXXVI, c. 17.

[575] Aug., De liber. arbitr., libr. III, cap. 30.

[576] Luc., xxii, 10. Joann., VI, 33.