RÉFLEXION.
Pour comprendre la grandeur du sacerdoce chrétien, il faut considérer les caractères qui le distinguent immuablement, et forment comme le sceau divin dont il fut marqué à son origine. Et d'abord il est un: de même qu'il n'y a qu'un Dieu, il n'y a qu'un Médiateur de Dieu et des hommes, Jésus-Christ634, apôtre et pontife de notre foi635, toujours vivant pour intercéder en notre faveur636. Tout prêtre, dans l'exercice de ses célestes fonctions, représente Jésus-Christ, ou plutôt est Jésus-Christ même, qui seul opère véritablement ce qu'annoncent les paroles et les actes de son ministre, seul lie et délie, seul dispense la grâce, seul immole et offre à son Père la victime de propitiation, qui est une aussi: car Jésus entrant par son sang une seule fois dans le Saint des saints, a consommé la rédemption éternelle637. Ainsi un sacrifice, un prêtre, un sacerdoce, qui, dans son immense hiérarchie, n'est que le Pontife invisible des biens futurs638, est multiplié visiblement sur tous les points de la terre, pour y continuer sa grande mission jusqu'à la fin des siècles639. Et non-seulement le sacerdoce est un, il est encore universel; car tous les peuples ont été donnés en héritage à Jésus-Christ640, et depuis le lever du soleil jusqu'au couchant, en tous lieux le sacrifice doit être accompli et l'offrande pure présentée au Seigneur641. Il est éternel; car, de toute éternité, Dieu a dit au Christ: Tu es mon fils, je t'ai engendré aujourd'hui; et encore: Tu es prêtre éternellement selon l'ordre de Melchisédech642. Il est saint; car il convenait que nous eussions un tel Pontife, saint, pur, sans tache, séparé des pécheurs, et élevé au-dessus des cieux643; et les démons mêmes, vaincus par celui qui possède le sacerdoce éternel644, lui ont rendu ce témoignage: Je sais qui vous êtes, le Saint de Dieu645. Oh! qu'elle est élevée, qu'elle est sublime la dignité du prêtre! mais aussi qu'elle est redoutable! Associé à la puissance de Jésus-Christ Pontife, dans l'unité de son sacerdoce, ministre avec lui et en lui du sacrifice de la Croix, renouvelé chaque jour sur l'autel, d'une manière non sanglante; distributeur du pain de vie, du corps et du sang du Rédempteur, sur lesquels il lui a été donné pouvoir; revêtu de la mission du Fils de Dieu pour le salut du monde, ses devoirs sont proportionnés à une si haute vocation, et c'est à lui surtout qu'il est dit: Soyez saint, parce que moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint646. Pauvre pécheur, si faible, si languissant, si infirme, comment pourrai-je m'élever, ô Jésus! à la sainteté que vous exigez de moi? Je tremble à cette pensée, et je perdrais toute espérance, si votre bonté ne daignait me rassurer, disant: Cela est impossible aux hommes, mais tout est possible à Dieu647?
[634] Tim., II, 5.
[635] Hebr., III, 1.
[636] Ib., VII, 25.
[637] Ib., IX, 12; VII, 27.
[638] Ib., IX, 11.
[639] Matth., XXVIII, 20.
[640] Ps. II, 8.
[641] Malach., I, 11.
[642] Hebr., V, 5, 6; VI, 20.
[643] Ib., VII, 26.
[644] Ib., 24.
[645] Marc., I, 24.
[646] Levit., XIX, 2.
[647] Matth., XIX. 26.