La Chartreuse de Parme (1839), second grand roman de Stendhal rédigé en un temps record de cinquante-deux jours à peine, raconte les aventures de Fabrice del Dongo, jeune noble italien fasciné par la légende napoléonienne au point de rejoindre clandestinement l'armée française pour assister, dans un désordre et une confusion restés célèbres pour leur réalisme antihéroïque inédit, à la bataille de Waterloo, avant de revenir dans sa principauté italienne natale de Parme où sa tante, la duchesse Sanseverina, l'aide à naviguer les intrigues retorses de la cour d'un petit État italien fictif gouverné par un prince aussi cruel que ridicule. Stendhal y développe avec une ironie enjouée et un sens aigu du romanesque italien qu'il admire par contraste avec la France jugée trop mesquine et calculatrice de la Restauration, les aventures amoureuses et politiques de Fabrice, emprisonné dans la célèbre tour Farnèse d'où il tombe passionnément amoureux de Clélia, fille du gouverneur de la prison, amour contrarié qui occupe l'essentiel de la seconde partie du roman à travers une correspondance secrète et des stratagèmes d'évasion rocambolesques menés avec la complicité de sa tante. La duchesse Sanseverina elle-même, figure féminine flamboyante et manipulatrice animée d'un amour équivoque et jamais explicitement assouvi pour son neveu Fabrice, orchestre en coulisses l'essentiel des intrigues de cour destinées à protéger et à faire progresser ce dernier, déployant une énergie vitale et une passion de l'action que Stendhal admire ouvertement comme l'incarnation même de l'énergie italienne par contraste avec la retenue calculatrice française. Salué immédiatement par Balzac dans un article critique dithyrambique comme l'un des plus grands romans de son temps, admiration qui pousse d'ailleurs Stendhal à retravailler certains passages du roman selon les suggestions de son admirateur, La Chartreuse de Parme se distingue par la légèreté et la rapidité de sa narration, bien éloignée de la minutie descriptive de Balzac. Par sa fresque romanesque italienne pleine de panache et d'ironie, La Chartreuse de Parme demeure l'un des sommets du roman français du XIXe siècle.