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Classiquesen Ligne
Émile Zola
La Curée
MDCCCLXXII
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Domaine public · libre & gratuit
Source : Project Gutenberg
XIXe siècle · 1872

La Curée

1872Roman Français RomanNaturalisme
Société

La Curée (1872), second volume des Rougon-Macquart, dépeint la fièvre spéculative qui s'empare de Paris sous le Second Empire, au moment des grands travaux du baron Haussmann qui éventrent la capitale pour tracer les larges boulevards que nous connaissons aujourd'hui. Aristide Saccard, frère de Eugène Rougon et personnage centré sur l'appât du gain le plus effréné, s'enrichit sans vergogne en spéculant sur les expropriations et la revente des terrains promis à la démolition, incarnant à lui seul la curée financière à laquelle se livre toute une classe d'affairistes autour des chantiers haussmanniens. Le roman noue en parallèle une intrigue plus intime et scandaleuse : Renée, la jeune et somptueuse seconde épouse de Saccard, mariée pour son argent et délaissée par un mari tout entier absorbé par ses spéculations, sombre dans un ennui doré qui la pousse vers une relation incestueuse avec Maxime, le fils efféminé et amoral de Saccard, presque du même âge qu'elle. Zola tisse ainsi un parallèle explicite entre la corruption financière du Second Empire, qui dévore la ville elle-même, et la corruption morale d'une haute société oisive, dévorée à son tour par l'ennui et le vice comme une proie que l'on se dispute. Roman flamboyant et scandaleux dès sa parution en feuilleton, interrompue par la censure, La Curée reste l'une des peintures les plus acides jamais écrites sur la spéculation immobilière et la décadence des mœurs sous Napoléon III. Le titre même du roman renvoie au vocabulaire de la chasse à courre, désignant la portion de la bête tuée abandonnée aux chiens en récompense de leur poursuite, métaphore filée que Zola applique à cette curée financière où affairistes et spéculateurs se disputent les dépouilles du vieux Paris haussmannisé comme une meute avide. Le personnage de Renée doit beaucoup, selon les spécialistes de Zola, à la légende antique de Phèdre transposée dans le Paris du Second Empire.