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Classiquesen Ligne

Scène XXIV

PETYPON, MADAME PETYPON, puis LE GÉNÉRAL,
puis ÉTIENNE et LE BALAYEUR.
Petypon, aussitôt leur départ, traversant la scène dans la direction de la chambre de sa femme.

 ! et maintenant… (Ouvrant la porte et appelant.) Gabrielle, vite ! Gabrielle !

Madame Petypon, accourant.

Qu’est-ce qu’il y a, mon ami ?

Petypon.

Vite ! je suis follement en retard !… ma valise ?

Madame Petypon.

Elle est prête ; tu la trouveras dans l’antichambre !

Petypon, faisant mine de remonter.

Ça va bien !… (Avisant une lettre non décachetée que madame Petypon tient à la main.) Qu’est-ce que c’est que ça ? C’est pour moi ?

Madame Petypon.

Non. C’est une lettre pour moi ; je la lirai tout à l’heure.

Petypon.

Bon !… Ah ! mon chapeau ? mon paletot ?

Madame Petypon.

Dans ton cabinet de toilette !

Petypon.

Bien !…

Il remonte d’un pas pressé et sort par la baie. Pendant ce temps, Gabrielle a gagné la droite et décacheté sa lettre.
Madame Petypon, après avoir parcouru la lettre des yeux, poussant une petite exclamation de surprise.

Ah !… Ah ! bien, elle est bien bonne ! Le Général qui nous demande d’aller en Touraine pour le mariage de sa nièce et qui me prie d’y venir faire les honneurs !… C’est un peu curieux, ça ! Il était là tout à l’heure et il ne m’en a pas ouvert la bouche !… Comment faire ?… Lucien qui est obligé de partir ! Nous ne pouvons cependant pas nous abstenir tous les deux ! (Après une seconde de réflexion, très ponctué.) Ah ! ma foi… seule, ou avec lui… j’irai !

Petypon (1), reparaissant du fond avec son chapeau sur la tête et son pardessus sur le bras.

Voilà, je suis prêt !

Madame Petypon (2).

Ah ! Lucien ! Tu ne devinerais jamais de qui je reçois une lettre.

Petypon, allant embrasser sa femme.

Oui, oh ! bien, tu me diras ça une autre fois, je suis en retard ! Au revoir, ma bonne amie !

Madame Petypon, le retenant.

Non, mais, écoute donc, voyons !… il faut que tu saches…

Petypon, remontant.

Mais non, ma chère amie, je te dis que je n’ai pas le temps !

Voix du général.

Enfin, quoi ! il n’est pas encore descendu ?

Petypon, bondissant au premier mot de la voix du général.

Nom d’un chien, voilà mon oncle !… (S’élançant sur sa femme et la tirant par la main.) Viens ! Viens par là ! Tu me liras ça dans ta chambre !

Madame Petypon, tirant de son côté.

Mais non ! à quoi bon ? Nous sommes aussi bien ici !

Petypon, tirant vers la chambre.

Mais non ! mais non ! viens !

Madame Petypon, tirant vers la droite.

Mais, laisse-moi donc, voyons ! (D’un mouvement brusque elle a fait lâcher prise à Petypon, que l’élan envoie presque jusqu’au canapé, tandis que madame Petypon va tomber sur le fauteuil extatique.) Oh ! mais, tu me fais chaud !

Petypon, saisi d’une inspiration.

Oh ! (Il saute sur le bouton du fauteuil, appuie vivement dessus et immédiatement madame Petypon reçoit le choc et s’endort comme précédemment les autres.) Quand on n’a pas le choix des moyens !…

Voix du général.

Il est par là, vous dites ?

Petypon.

Nom d’un chien, cachons-la ! (Il prend le tapis de table qui est sur la chaise du fond et en recouvre complètement sa femme. Paraît le général.) Ouf ! il était temps !

Le Général, paraissant porte droite.

Eh ! ben, voyons ! voilà dix minutes que nous t’attendons en bas !

Petypon, au-dessus du fauteuil.

Voilà, voilà ! Je suis à vous !

Le Général, descendant, intrigué qu’il est par la silhouette qu’il voit sur le fauteuil.)

Ah !… Qu’est-ce qu’il y a là ?

Petypon.

Rien, rien ! C’est une pièce anatomique !…

Le Général.

Ah ?

Il fait mine de s’approcher.
Petypon, l’arrêtant.

Non !… n’y touchez pas !

Le Général.

Pourquoi ?

Petypon.

Elle sèche !… On vient de la repeindre !

Le Général.

Hein ?

Petypon, le poussant vers la porte de sortie.

Allez, descendez ! Quelque chose à prendre ! je vous rejoins !

Le Général.

Bon, bon, mais ne sois pas long, hein ?

Petypon.

Non, non ! (Une fois le général sorti, descendant jusque devant le canapé.) Mon Dieu ! je ne peux pourtant pas la laisser dans cet état pendant toute mon absence !

Étienne, paraissant et s’arc-boutant à la porte pour retenir le balayeur qui veut entrer quand même.

Mais, attendez donc, mon ami ! je vais le dire à monsieur !

Le Balayeur, par-dessus l’épaule d’Étienne.

Mais, puisque je vous dis qu’il m’attend !… (À Petypon.) Bonjour, m’sieur.

Petypon.

Quoi ? Qu’est-ce que c’est ? Laissez entrer !

Le Balayeur, à Étienne qui s’efface pour lui livrer passage.

 ! quand je te disais !

Étienne sort.
Petypon.

Qu’est-ce que vous voulez ?

Le Balayeur, se découvrant tout en descendant vers Petypon.

C’est moi ! le balayeur de la rue Royale !

Petypon (1).

Le Balayeur ? Quel balayeur ? Qu’est-ce que vous demandez ?

Le Balayeur, sa casquette à la main.

Comment, ce que j’demande ? Je viens dîner !

Petypon.

Quoi ?

Le Balayeur.

Vous m’avez invité à dîner.

Petypon.

Moi ? moi, je vous ai invité à dîner ?

Le Balayeur.

Mais absolument ! J’étais en train de balayer cette nuit rue Royale ; vous passiez au bras de vot’dame ; vous êtes venu m’embrasser…

Petypon, scandalisé.

Oh !

Le Balayeur.

…et vous m’avez dit : « Ta tête me plaît ! Veux-tu me faire l’honneur de venir dîner demain chez moi ? »

Petypon.

Hein !

Le Balayeur, il tire une carte de sa ceinture, l’essuie machinalement contre sa poitrine avant de la tendre, et, la posant sur sa casquette comme sur un plateau, la présente à Petypon.

Même que voilà votre carte que vous m’avez remise !

Petypon, abasourdi, avec honte.

Moi, je… Oh !… (À part.) Ah ! ma foi, tant pis ! c’est lui qui me tirera de là ! (Au balayeur.) C’est bien ! tenez, voilà quarante sous !

Le Balayeur.

Quarante sous !

Petypon.

Oui ! et je vais dire qu’on vous fasse dîner à la cuisine !

Le Balayeur.

À la cuisine ! Ah ! chouette ! ça !…

Petypon.

Seulement, vous allez me rendre un service.

Le Balayeur.

Allez-y, patron !

Petypon, passant 2, pour remonter au-dessus du fauteuil.

Je vais m’en aller !… Aussitôt que je serai parti, vous presserez sur ce bouton, qui est là, sur ce fauteuil ! (Il indique le bouton de droite.) Et, pour le reste, ne vous occupez pas de ce qui se passera.

Le Balayeur.

Bon, bon ! compris !

Le Général, à la cantonade.

Eh bien ! voyons !

Petypon.

Voilà, mon oncle ! voilà ! (Au balayeur.) C’est entendu !

Le Balayeur.

C’est entendu !

Petypon.

Bon, merci !

Il sort vivement.
Le Balayeur, une fois Petypon dehors.

Voyons ! Il a dit, le bouton, là !… Allons-y… (Il est à gauche du fauteuil, et de sa main gauche presse sur le bouton ; aussitôt, sous son tapis, madame Petypon a le soubresaut du réveil.) Qu’est-ce que c’est que ça ?

Intrigué, il regarde de plus près.
Madame Petypon, à ce moment, pousse un cri.

Mon Dieu, je suis aveugle !

Instinctivement, elle écarte les deux bras pour rejeter le tapis qui la couvre ; dans ce geste sa main arrive en gifle sur la joue du balayeur.
Le Balayeur.

Oh !

Madame Petypon, poussant un cri, en se trouvant en face de cet inconnu étrange.

Ah !… mon Dieu ! Quel est cet homme ?

En même temps, elle se précipite à droite pour remonter par la droite de la table vers la porte de sortie.
Le Balayeur, voulant s’expliquer, remonte parallèlement à madame Petypon de l’autre côté de la table.

Je suis le balayeur que vous attendez pour dîner.

Madame Petypon, trouvant le balayeur sur sa route, rebrousse chemin, redescend par la droite et par le devant de la scène, se sauve vers sa chambre.

Au secours !… Lucien !… Étienne ! Étienne !

Le Balayeur, la suivant pour s’expliquer.

Mais, je suis l’balayeur que vous attendez pour dîner !…

Étienne, accourant.

Qu’est-ce qu’il y a ? Qu’est-ce qu’il y a ?

Madame Petypon.

Au secours ! Au secours !

Étienne a fait irruption dans la pièce, s’élance sur le balayeur qu’il enlève à bras le corps.
Le Balayeur, emporté par Étienne, tandis que madame Petypon disparaît de gauche en criant toujours à l’aide.

Mais j’suis le balayeur que vous attendez pour dîner ! mais j’suis le balayeur…

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  1. Pour l’achat ou la location de l’appareil électrique s’adresser chez Bérard, 8, rue de la Michodière ; pour le fauteuil « extatique », chez Bruland, 14, rue Monsieur-le-Prince. (Téléph. : Gobelins 10-96.)
  2. Ils commencent piano, puis donnent plus de voix à mesure qu’ils avancent dans le morceau et arrivent à chanter à tue-tête. Ils chantent dos tourné au spectateur, face à la chambre du fond. À la huitième mesure du chant, on entend un grognement sourd et prolongé sortir on ne sait de quel côté.
  3. Avoir un fil électrique en coulisse, côté jardin, assez long pour arriver jusqu’à la Môme (à son côté gauche). Au bout du fil une ampoule électrique fixée sur un manche surmonté d’une coquille, blanche extérieurement, argentée intérieurement, qui épouse la moitié de l’ampoule de façon à servir de réflecteur.
  4. Du fait que le fil qui actionne l’ampoule électrique longe le côté gauche de la Môme, en même temps que celle-ci tombera à plat ventre, la lampe tombera sur le lit, côté lointain, ce qui empêchera par la suite le fil de s’entortiller dans les jambes de l’artiste quand elle aura à sauter du lit. Au surplus, il sera facile, aussitôt ce jeu de scène, de tirer le fil dans la coulisse pour plus de sûreté.
  5. Petypon (1), devant le canapé ; la Môme (2), dans le lit ; le général (3), à droite de la baie ; Étienne (4), dans la porte.
  6. Varlin, 1 — Corignon, 2 — Petypon, 3. — Marollier, 4.