La Faute de l'abbé Mouret (1875), cinquième volume des Rougon-Macquart, raconte le conflit intérieur déchirant du jeune prêtre Serge Mouret, fils d'Octave Mouret et neveu par alliance de la lignée des Rougon, tiraillé entre son ardente vocation religieuse, poussée jusqu'au mysticisme le plus exalté, et une nature charnelle qu'il tente désespérément de réprimer. Frappé par une grave maladie qui efface sa mémoire, Serge est recueilli pour convalescence dans le Paradou, un domaine à l'abandon devenu un jardin luxuriant et sauvage, où il retombe en quelque sorte en enfance et rencontre Albine, jeune fille sauvage élevée à l'écart de toute contrainte sociale, avec qui il vit un amour spontané et innocent avant que le souvenir de sa foi et de son sacerdoce ne lui revienne brutalement. Ce retour de la mémoire religieuse le pousse à renoncer à Albine et à son amour pour retourner à son ministère, provoquant le désespoir et la mort de la jeune femme, incapable de survivre à cet abandon. Zola construit le roman comme une relecture explicite du mythe du jardin d'Éden et de la chute originelle, où le Paradou joue le rôle d'un Éden sensuel et païen opposé à l'ascèse chrétienne, dans une prose d'une sensualité et d'un lyrisme rares chez l'auteur, inspirée du Cantique des Cantiques. Roman le plus poétique et le plus symboliste du cycle, il interroge frontalement le conflit entre nature et religion, entre désir charnel et idéal spirituel. Zola s'inspire explicitement, pour les pages consacrées au Paradou et à l'éveil amoureux de Serge et Albine, du lyrisme sensuel du Cantique des Cantiques biblique, détournant ainsi un texte sacré pour célébrer une sensualité naturelle et païenne directement opposée à l'ascèse chrétienne que le jeune prêtre finit par choisir au détriment de son propre bonheur terrestre. Le roman fut adapté au cinéma dès l'époque du muet, preuve de la fascination durable exercée par cette relecture zolienne du mythe édénique.