AGATHE À ZOÉ.
La quinzaine expirée, Saint-Almont me fit entrer chez lui; c'était pour me dire qu'il me croyait la vocation indispensable à l'état que je voulais embrasser, et qu'il me recevait volontiers au nombre de ses néophytes.
Je le remerciai de cette grâce dans les termes les plus expressifs, et je saisis cette occasion pour le supplier de vouloir bien se charger du dépôt de mon petit pécule. Il demeura un moment rêveur, et finit par y consentir. Ainsi donc, voilà ma petite fortune et tout mon être entre les mains de l'homme que j'aime.
Les séminaristes avec lesquels je vis ne sont pas nombreux, et je ne fais société particulière avec aucun, malgré les avances de plusieurs d'entre eux. Je les repousse par mon assiduité constante à mes devoirs, et par une certaine réserve qui m'a paru ne pas déplaire à notre supérieur.
Le chef de ces sortes de maisons se choisit ordinairement parmi les ecclésiastiques qu'il gouverne, celui d'entre eux dont il est le plus content pour être son clerc, c'est-à-dire, son secrétaire particulier; et c'est une faveur qui ne laisse pas que d'être fort briguée.
Cette espèce de place donne certains priviléges; on accompagne le supérieur partout; on loge près de lui. Il vous exempte de certains exercices vulgaires.
Toute mon ambition était de devenir un jour l'être fortuné que choisirait Saint-Almont, quand il n'aurait plus celui que je lui vis en entrant. C'était un jeune homme fort sage, appartenant à une famille distinguée. Deux mois après mon admission au séminaire, je sus que ses parens lui avaient obtenu un bénéfice qui n'avait point charge d'âmes; je redoublai de zèle et de piété, pour le remplacer auprès de Saint-Almont.
Mon Dieu! pardonne-moi, si j'ai osé faire servir les choses saintes à un amour profane: mais c'est toi qui as mis dans nos cœurs les passions; elles ne sont donc pas des crimes, et je le sens à la pureté de mes intentions.