La Fortune des Rougon (1871) est le premier volume du cycle des Rougon-Macquart, dans lequel Émile Zola pose les fondations généalogiques et théoriques de toute son entreprise romanesque : le roman remonte à Adélaïde Fouque, dite tante Dide, mère fondatrice de la lignée, dont la double postérité légitime avec le paysan Rougon et illégitime avec l'alcoolique Macquart va engendrer sur cinq générations une famille marquée par une tare nerveuse héréditaire, tantôt sublimée en génie, tantôt dégénérée en folie, alcoolisme ou criminalité. L'intrigue se déroule à Plassans au moment précis du coup d'État de décembre 1851 qui porte Louis-Napoléon Bonaparte au pouvoir absolu : Pierre Rougon et sa femme Félicité, ambitieux et sans scrupules, manœuvrent pour profiter du chaos politique et asseoir la fortune et la position sociale de la famille, tandis qu'en parallèle se noue la belle et tragique histoire d'amour entre les jeunes Silvère, épris d'idéaux républicains, et Miette, tous deux emportés par la répression sanglante qui suit l'insurrection populaire contre le coup d'État. Zola expose dans sa préface le vaste projet scientifique et social du cycle à venir : montrer comment l'hérédité et le milieu déterminent le destin d'une famille sur les vingt années du Second Empire, faisant de cette saga romanesque une véritable « histoire naturelle et sociale » de toute une époque. Ce premier tome installe ainsi, dans le sang versé de la répression de 1851, les fondations morales ambiguës sur lesquelles prospérera toute la dynastie Rougon-Macquart. Zola, qui avait conçu pour ce cycle un arbre généalogique détaillé de la famille Rougon-Macquart destiné à guider la composition de l'ensemble des vingt romans à venir, y théorise explicitement dans une préface programmatique son ambition de fonder un roman expérimental fondé sur les lois scientifiques de l'hérédité, inspirées de ses lectures du physiologiste Claude Bernard. Ce roman inaugural, qui se vendit d'abord assez mal, ne connut son plein succès public que rétrospectivement, porté par la notoriété des volumes suivants.