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Honoré de Balzac
La Maison Nucingen
MDCCCLV
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Source : Wikisource
XIXe siècle · 1855

La Maison Nucingen

1855Nouvelles Français NouvellesRéalisme
Argent

La Maison Nucingen (1838) adopte une structure narrative originale et presque théâtrale, tout le récit se déroulant dans le cabinet particulier d'un célèbre restaurant parisien où quatre journalistes bien arrosés, Andoche Finot, Émile Blondet, Couture et Jean-Jacques Bixiou, discutent avec verve, sans savoir qu'ils sont surpris par un cinquième convive dissimulé dans la pièce voisine, de la manière dont le baron de Nucingen, banquier richissime déjà croisé dans plusieurs autres romans de La Comédie humaine, a bâti son immense fortune par des méthodes financières aussi audacieuses que moralement douteuses. Balzac y expose avec une précision presque technique le mécanisme spéculatif employé par Nucingen : faire monter artificiellement le cours d'actions achetées à bas prix, simuler ensuite une fausse faillite pour provoquer leur effondrement, avant de les racheter à nouveau à vil prix puis de les laisser remonter naturellement, cycle frauduleux répété méthodiquement grâce à un réseau d'hommes de paille dévoués, parmi lesquels figure le propre Eugène de Rastignac, personnage récurrent de La Comédie humaine dont l'ascension sociale s'accompagne ainsi d'une complicité financière peu reluisante envers ce système spéculatif. Ce roman, qui expose sans détour les rouages souvent frauduleux de la haute finance parisienne sous la monarchie de Juillet, illustre la lucidité impitoyable de Balzac sur les mécanismes réels de l'enrichissement rapide dans une société où la spéculation boursière remplace de plus en plus l'ancienne fortune foncière aristocratique. Par sa description technique et cynique des mécanismes spéculatifs de la haute finance, La Maison Nucingen demeure l'un des textes les plus lucides de Balzac sur l'argent et le pouvoir. Ce texte offre ainsi l'un des portraits les plus lucides et les plus cyniques de toute La Comédie humaine sur les mécanismes réels, souvent frauduleux, de l'enrichissement rapide au XIXe siècle. Balzac y confirme une nouvelle fois son art de faire dialoguer des personnages secondaires pour éclairer, en creux, le destin d'un protagoniste absent de la scène elle-même.