La Peau de chagrin (1831), roman fantastique et philosophique qui installe véritablement la réputation naissante de Balzac avant même la conception du grand cycle de La Comédie humaine, raconte comment Raphaël de Valentin, jeune homme désespéré et ruiné sur le point de se suicider, se voit remettre par un mystérieux antiquaire une peau de chagrin magique capable d'exaucer tous les désirs de son possesseur, à la seule condition terrible que la peau rétrécisse à chaque vœu exaucé, entraînant proportionnellement le raccourcissement de la vie même de celui qui la possède. Balzac y développe une fable philosophique saisissante sur l'opposition entre le désir et la volonté d'une part, sources de vie intense mais brève, et la sagesse résignée d'autre part, seule capable de préserver une existence longue mais terne et dépourvue de passion, Raphaël se trouvant piégé dans un dilemme insoluble entre jouir pleinement de ses nouveaux pouvoirs illimités au prix d'une mort rapide et certaine, ou refréner tout désir pour prolonger vainement une vie désormais vidée de toute substance et de tout plaisir. Après avoir dilapidé sans compter cette énergie vitale dans les plaisirs mondains, l'amour et la fortune retrouvée, Raphaël, terrifié par le rétrécissement inexorable de la peau qu'il surveille avec une angoisse croissante, tente désespérément de se retirer du monde et de réprimer tout désir, en vain, avant de succomber finalement dans une scène de passion ultime aux bras de la femme qu'il aime, Pauline, dénouement tragique qui scelle l'issue fatale annoncée dès le pacte initial. Ce roman, qui mêle avec une virtuosité remarquable fantastique gothique, satire sociale de la jeunesse dorée parisienne de la Restauration et méditation philosophique sur la nature humaine et le prix du désir, installe dès 1831 la réputation de Balzac comme écrivain d'une puissance visionnaire singulière, avant qu'il ne systématise son art dans le grand cycle romanesque de La Comédie humaine. Par sa fable vertigineuse sur le prix mortel du désir absolu, La Peau de chagrin demeure l'une des œuvres les plus philosophiquement ambitieuses de toute l'œuvre de jeunesse de Balzac.