La Terre (1887), quinzième roman du cycle des Rougon-Macquart d'Émile Zola, transporte le lecteur dans la campagne beauceronne pour dépeindre avec un naturalisme cru et sans complaisance la vie paysanne française, à travers le personnage de Jean Macquart, ancien soldat devenu ouvrier agricole, qui se trouve mêlé aux conflits féroces qui déchirent la famille Fouan autour du partage douloureux des terres du vieux patriarche, désormais trop âgé pour continuer à les exploiter lui-même et contraint de les répartir entre ses enfants avides et déjà rongés par une cupidité impitoyable les uns envers les autres. Zola y développe une peinture d'une noirceur et d'un réalisme cru exceptionnels de l'attachement quasi charnel et obsessionnel du paysan à sa terre, source unique de survie et de statut social qui justifie aux yeux des personnages les pires bassesses et les pires cruautés familiales, notamment le personnage terrible de Buteau, fils du vieux Fouan, qui maltraite et finit par laisser mourir son propre père dans des conditions atroces par pure avidité successorale, dans l'une des scènes les plus sombres de tout le cycle zolien. Ce roman, qui choque une partie de la critique et du public de son époque par la crudité de certaines scènes de violence, de sexualité paysanne explicite et de cruauté familiale sans aucune complaisance moralisatrice, provoque d'ailleurs une controverse retentissante connue sous le nom de « Manifeste des Cinq », cinq jeunes écrivains naturalistes reniant publiquement leur propre maître Zola pour ce qu'ils jugent une complaisance excessive envers l'obscénité et la bassesse. Zola y poursuit néanmoins sa méthode documentaire rigoureuse, s'étant lui-même rendu en Beauce pour observer directement les techniques agricoles et les mœurs paysannes de son temps, produisant un tableau d'une ampleur ethnographique considérable sur la vie rurale française de la fin du XIXe siècle, dépourvu de toute idéalisation pastorale complaisante contrairement à la tradition champêtre de George Sand. Par sa peinture crue et sans complaisance de l'attachement paysan à la terre, La Terre demeure l'un des romans les plus controversés et les plus puissants du cycle des Rougon-Macquart.