La Vagabonde (1910) raconte l'histoire de Renée Néré, femme divorcée d'un mari infidèle et devenue artiste de music-hall pour subvenir seule à ses besoins matériels, qui, échaudée par l'échec cuisant de son premier mariage, hésite longuement à s'engager de nouveau amoureusement avec Max, riche admirateur sincèrement épris d'elle qui lui propose le mariage et une existence confortable et sédentaire, hésitation qui l'amène à choisir finalement, contre toute attente conventionnelle pour une femme de son époque, l'indépendance et la liberté de sa vie de « vagabonde » itinérante plutôt que la sécurité matérielle et affective d'un nouveau mariage qui la priverait de son autonomie chèrement acquise. Colette y développe, largement inspirée de sa propre expérience personnelle de music-hall consécutive à sa séparation d'avec son premier mari Willy, une réflexion féministe précoce et originale sur l'indépendance féminine et le prix à payer pour la conserver, Renée choisissant délibérément la précarité matérielle relative de sa vie itinérante d'artiste plutôt que le confort mais aussi la dépendance conjugale que lui offrirait un remariage, même sincèrement désiré par un homme aimant. Ce roman, qui célèbre avec une sincérité et une lucidité remarquables la liberté individuelle féminine contre les conventions sociales qui poussent traditionnellement toute femme séparée vers un nouveau mariage sécurisant, illustre parfaitement l'engagement discret mais réel de Colette en faveur de l'indépendance des femmes de son temps. Par sa réflexion précoce sur l'indépendance féminine face aux conventions matrimoniales, ce roman reste l'une des œuvres les plus modernes de Colette pour son époque. Le roman figure parmi les finalistes du prix Goncourt de 1910, aux côtés de Marie-Claire de Marguerite Audoux et de L'Hérésiarque et Cie d'Apollinaire, recueillant trois voix au premier tour avant que le jury n'attribue finalement le prix à De Goupil à Margot de Louis Pergaud. Colette y prolonge le personnage de Renée Néré dans un second roman, L'Entrave, publié quatre ans plus tard en 1913, qui referme définitivement le dilemme amoureux laissé en suspens à la fin de La Vagabonde.