§ 6. — Analogie des croyances religieuses chez tous les peuples.
L’intelligence humaine a considérablement évolué dans le cours des âges. Les connaissances de toutes sortes se sont prodigieusement accrues et un Grec ou un Romain revenant à la lumière aurait grand’peine à s’assimiler les découvertes accumulées par les siècles.
Si l’intelligence progressa, les sentiments qui forment le fond de notre nature changèrent très peu. L’amour, la haine, l’ambition, la jalousie, etc., sont restés ce qu’ils étaient à l’aurore de l’humanité. On les domine peut-être davantage, mais ils existent toujours.
Les sentiments s’étant modifiés faiblement au cours des siècles, il est naturel que la mentalité religieuse, issue des domaines de l’affectif et du mystique, soit demeurée la même. Nous devons donc nous attendre à rencontrer entre toutes les religions d’étroites analogies.
Ce n’est pas là, sans doute, l’enseignement des historiens. Ils montrent les peuples dominés par des religions tellement diverses qu’aucun lien ne semble les rattacher. Sous ces divergences apparentes se révèlent d’étroites similitudes, quand on laisse de côté les noms des dieux et les interprétations des théologiens. Si les hommes crurent à des divinités multiples, ils leur ont toujours attribué les mêmes pouvoirs, demandé les mêmes choses et les adorèrent de la même façon.
Bien que correspondant à une mentalité n’ayant guère varié, les manifestations des croyances religieuses suivirent nécessairement les besoins et les conditions de l’existence. Il est évident, par exemple, qu’au temps où la patrie se bornait à la cité, les dieux ne pouvaient être que locaux. Non moins évident qu’au moment où l’homme reconnut les phénomènes de la nature soumis à des lois et non à de divins caprices, une foule de divinités devenant inutiles durent disparaître.
Les diverses extériorisations de la mentalité religieuse amenèrent les historiens à créer de nombreuses divisions : fétichisme, animisme, monothéisme, polythéisme, etc. Soumises à l’analyse psychologique, elles se réduisent vraiment à peu de chose. Si des cultes monothéistes, par exemple, existèrent dans les livres, on n’en vit jamais un seul dans la pratique. Le fétichisme, cité parmi les religions primitives, persiste encore chez les peuples civilisés, comme nous le verrons bientôt.
L’identité des manifestations de la mentalité religieuse apparaît nettement aussi dans les religions des peuples anciens, grecs, égyptiens et hindous, notamment, qui n’eurent longtemps que de trop rares communications pour avoir pu s’influencer beaucoup. Divinisation de toutes les forces de la nature, adoration des plantes et des animaux, fétichisme, polythéisme, puissance magique des formules, cultes des ancêtres, etc., s’y retrouvent généralement.
Pour arriver à embrasser dans une vue d’ensemble les diverses certitudes religieuses s’étant succédé au cours de l’histoire, il faut les dégager des fictions qui les enveloppent et masquent leur vraie nature. Alors seulement on reconnaît qu’elles correspondent à des besoins irréductibles de l’esprit humain, identiques chez tous les peuples. Les religions, malgré certaines divergences, doivent donc présenter partout de singulières analogies.
Les historiens auraient depuis longtemps découvert ces similitudes s’ils avaient tenu compte des éléments affectifs et mystiques dont résulte la mentalité religieuse. Qu’importent les dieux et leurs rites, c’est la mentalité qui les créa qu’on doit d’abord chercher à connaître.