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Le Barbier de SévilleScène IV

Le Barbier de Séville
Chapitre 13 / 45

Scène IV

BARTHOLO, ROSINE.
Bartholo, en colère.

Ah ! malédiction ! l’enragé, le scélérat corsaire de Figaro ! Là, peut-on sortir un moment de chez soi sans être sûr en rentrant…

Rosine.

Qui vous met donc si fort en colère, monsieur ?

Bartholo.

Ce damné barbier qui vient d’écloper toute ma maison en un tour de main : il donne un narcotique à l’Éveillé, un sternutatoire à la Jeunesse ; il saigne au pied Marceline : il n’y a pas jusqu’à ma mule… Sur les yeux d’une pauvre bête aveugle, un cataplasme ! Parce qu’il me doit cent écus, il se presse de faire des mémoires. Ah ! qu’il les apporte !… Et personne à l’antichambre ! on arrive à cet appartement comme à la place d’armes.

Rosine.

Et qui peut y pénétrer que vous, monsieur ?

Bartholo.

J’aime mieux craindre sans sujet, que de m’exposer sans précaution ; tout est plein de gens entreprenants, d’audacieux… N’a-t-on pas ce matin encore ramassé lestement votre chanson pendant que j’allais la chercher ? Oh ! je…

Rosine.

C’est bien mettre à plaisir de l’importance à tout ! Le vent peut avoir éloigné ce papier, le premier venu, que sais-je ?

Bartholo.

Le vent, le premier venu !… Il n’y a point de vent, madame, point de premier venu dans le monde ; et c’est toujours quelqu’un posté là exprès qui ramasse les papiers qu’une femme a l’air de laisser tomber par mégarde.

Rosine.

A l’air, monsieur ?

Bartholo.

Oui, madame, a l’air.

Rosine, à part.

Oh ! le méchant vieillard !

Bartholo.

Mais tout cela n’arrivera plus ; car je vais faire sceller cette grille.

Rosine.

Faites mieux ; murez les fenêtres tout d’un coup : d’une prison à un cachot, la différence est si peu de chose !

Bartholo.

Pour celles qui donnent sur la rue, ce ne serait peut-être pas si mal… Ce barbier n’est pas entré chez vous, au moins ?

Rosine.

Vous donne-t-il aussi de l’inquiétude ?

Bartholo.

Tout comme un autre.

Rosine.

Que vos répliques sont honnêtes !

Bartholo.

Ah ! fiez-vous à tout le monde, et vous aurez bientôt à la maison une bonne femme pour vous tromper, de bons amis pour vous la souffler, et de bons valets pour les y aider.

Rosine.

Quoi ! vous n’accordez pas même qu’on ait des principes contre la séduction de monsieur Figaro ?

Bartholo.

Qui diable entend quelque chose à la bizarrerie des femmes ? et combien j’en ai vu de ces vertus à principes…

Rosine, en colère.

Mais, monsieur, s’il suffit d’être homme pour nous plaire, pourquoi donc me déplaisez-vous si fort ?

Bartholo, stupéfait.

Pourquoi ?… pourquoi ?… Vous ne répondez pas à ma question sur ce barbier.

Rosine, outrée.

Eh bien ! oui, cet homme est entré chez moi, je l’ai vu, je lui ai parlé. Je ne vous cache pas même que je l’ai trouvé fort aimable : et puissiez-vous en mourir de dépit !