Le Cas étrange du docteur Jekyll et de M. Hyde (1886) raconte l'enquête que mène le notaire Gabriel John Utterson sur les liens troublants entre son vieil ami le docteur Henry Jekyll, respectable médecin londonien, et un certain Edward Hyde, individu répugnant et violent que Jekyll a inexplicablement désigné comme unique légataire de son testament. À mesure qu'Utterson multiplie les découvertes inquiétantes, un meurtre commis par Hyde, la disparition prolongée de Jekyll, des lettres à l'écriture suspecte, le notaire découvre progressivement, à travers la confession finale laissée par le docteur, la vérité vertigineuse : Jekyll et Hyde ne sont en réalité qu'une seule et même personne, Hyde étant la personnalité maléfique que Jekyll a réussi à isoler et à libérer grâce à une potion de sa propre invention, lui permettant de céder sans retenue ni conséquence apparente aux pulsions les plus sombres qu'il réprimait jusque-là. Mais cette double vie, d'abord maîtrisée puis de plus en plus incontrôlable, échappe peu à peu à Jekyll, la transformation en Hyde survenant désormais spontanément, sans potion, jusqu'à ce que le docteur, ne parvenant plus à inverser le processus, se donne la mort sous l'apparence de son alter ego monstrueux pour échapper à une capture qui aurait révélé publiquement la vérité. Stevenson rédige ce texte dans des conditions restées célèbres : après un rêve qu'il qualifie lui-même de « beau conte de croquemitaine », il compose un premier jet complet en à peine trois jours d'écriture fiévreuse, avant de le retravailler pour publication. Best-seller immédiat en Grande-Bretagne comme aux États-Unis dès sa parution en 1886, ce court roman invente une exploration si puissante de la dualité morale de l'être humain que l'expression « Jekyll and Hyde » est depuis passée dans le langage courant pour désigner quiconque dissimule une nature véritablement double, monstrueuse sous des dehors respectables.