Le Compagnon du Tour de France (1840) raconte l'histoire de Pierre Huguenin, jeune ouvrier menuisier compagnon du devoir, homme d'une intelligence, d'une dignité et d'une conscience de classe remarquables qui, tout en exerçant humblement son métier itinérant selon la tradition du compagnonnage ouvrier français, développe des idées sociales et politiques progressistes sur la dignité du travail manuel et la nécessité d'une solidarité et d'une éducation accrues parmi la classe ouvrière, dans un contexte de rencontre amoureuse avec Yseult de Villepreux, jeune aristocrate éprise de justice sociale qui s'intéresse sincèrement à ce compagnon d'exception malgré la barrière de classe qui les sépare a priori. Sand y développe l'une de ses œuvres les plus ouvertement engagées socialement, mettant en scène avec un réalisme documenté les traditions et les rivalités du compagnonnage ouvrier français, tout en défendant frontalement l'idée, alors provocatrice pour une large partie du public bourgeois, que la dignité morale et intellectuelle authentique ne dépend en rien de la naissance ou de la fortune mais peut se rencontrer au plus haut degré chez un simple artisan aussi bien que chez un aristocrate. Ce roman, qui préfigure directement l'engagement politique et social plus affirmé encore que Sand développera lors de la Révolution de 1848, illustre sa conviction croissante que la littérature doit contribuer activement à l'émancipation morale et sociale des classes populaires. Par son engagement social explicite en faveur de la dignité ouvrière, ce roman reste l'un des textes les plus directement militants de la production de George Sand dans les années 1840. Ce roman suscite à sa parution une polémique publique retentissante en raison de ses idées sociales jugées dangereusement subversives par une partie de la critique conservatrice, controverse qui n'empêche nullement son succès populaire durable auprès du lectorat de Sand. George Sand y affirme ouvertement des convictions sociales qu'elle développera encore plus loin quelques années plus tard, lors de son engagement personnel actif pendant les événements révolutionnaires de 1848.