Le Docteur Pascal (1893), vingtième et dernier volume des Rougon-Macquart, clôt le grand cycle en réunissant son fil conducteur le plus explicite : le docteur Pascal Rougon, fils d'Adélaïde Fouque, la mère fondatrice de toute la lignée croisée au premier tome, y consacre sa vie à étudier scientifiquement l'hérédité de sa propre famille, consignant dans un arbre généalogique méticuleux les tares, les névroses et les dons transmis de génération en génération à travers tous les personnages rencontrés au fil des dix-neuf romans précédents. Amoureux tardivement de sa jeune nièce Clotilde, qu'il a élevée depuis l'enfance, Pascal vit avec elle une passion tardive et sereine qui tranche par sa douceur avec la violence de tant d'autres amours du cycle, jusqu'à ce que sa propre santé décline et qu'il meure en laissant à Clotilde, enceinte de lui, le soin de perpétuer la lignée et de préserver ses précieux dossiers scientifiques que sa mère, la vieille et redoutable Félicité Rougon, tente au contraire de faire détruire pour protéger l'honneur de la famille. Ce roman-testament permet à Zola de faire lui-même, par la voix de Pascal, le bilan théorique explicite de son immense entreprise romanesque et de sa méthode naturaliste fondée sur l'hérédité et le milieu, tout en concluant le cycle sur une note d'espoir incarnée par la naissance de l'enfant de Clotilde, promesse d'un avenir enfin dégagé du poids des tares du passé. Zola clôt ainsi, avec ce vingtième et dernier volume publié vingt-deux ans après La Fortune des Rougon, l'un des projets romanesques les plus ambitieux de toute la littérature française, fresque totale de la société du Second Empire vue à travers cinq générations d'une même famille. Ce dernier volume reste ainsi le testament théorique explicite de Zola sur sa propre méthode naturaliste fondée sur l'hérédité et l'observation scientifique du réel. Clotilde, dernière grande héroïne du cycle, incarne ainsi l'espoir d'un avenir régénéré au terme de cette vaste fresque consacrée aux tares héréditaires d'une même famille.