Scène VI
sortant de terre derrière Francine.
Qui m’appelle ?
Bernard ! Est-ce lui ?
Non ; je suis son image, son double, son spectre !
Ah ! je suis encore le drac, le roi des songes ! Tu as deviné ma pensée, tu as compris la langue que je suis forcé de parler : tu vas m’obéir !
J’obéis à ma nature, qui est de fasciner et de tromper dans le sommeil ou dans la veille, dans le désespoir ou dans l’ivresse, dans la passion ou dans la folie. La langue des hommes que tu me parles, comment ne la connaîtrais-je pas, moi qui converse à toute heure avec eux ? Quant à deviner ta pensée… Non ! tu es un esprit déchu ou enchaîné à quelque épreuve : j’obéis au chiffre sacré par lequel tu m’as évoqué.
Alors pourquoi viens-tu ici sous cette figure ?
Parce que je suis l’hôte assidu de cette chaumière, parce que ceux qui l’habitent m’appellent sans cesse sous la forme que voici, et que je me nourris des chimères de leur imagination ou des tourments de leur pensée.
Ah ! oui, l’amour de Francine, la haine de son père… Eh bien, fais maudire et détester celui que tu représentes. Obéis-moi, je le veux !
Quand j’obéis, c’est à ma guise ; nul ne gouverne ma fantaisie. Va-t’en !
Oui, car je veux agir de mon côté ! Il me faut ici plus d’une victime ! À nous deux, Bernard ! (Il sort.)