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Classiquesen Ligne

Scène X

LE FAUX BERNARD, ANDRÉ, LE DRAC.
LE DRAC, au fond, derrière la porte vitrée.

Que fais-tu là, esprit fantasque ?

LE FAUX BERNARD.

J’embrouille et j’amuse, je complique et j’éblouis. Je trace le rêve dans le cerveau de ma proie. C’est le livre où je peins ma fantaisie ; c’est le miroir, je suis l’image !

LE DRAC.

Dans quelle extase plonges-tu ce vieillard ?

LE FAUX BERNARD.

J’obéis à des lois que les hommes ne peuvent deviner. C’est à eux de trouver leur perte ou leur salut dans mon caprice ; c’est à toi d’en tirer parti pour tes desseins.

LE DRAC.

C’est bien, mais hâte-toi.

ANDRÉ, sortant de son extase, sans voir le Drac.

Tu disais donc ?…

LE FAUX BERNARD.

Que c’était sa mère.

ANDRÉ.

Au lieutenant ?

LE FAUX BERNARD.

Au pirate ! Vous n’écoutez donc pas ?

ANDRÉ.

Si fait, va toujours ! (Il retombe dans l’extase.)

LE FAUX BERNARD.

Pour lors… (Au Drac.) Où est-il, celui dont j’ai pris la ressemblance ?

LE DRAC.

Malgré moi, il vient. Abrége.

LE FAUX BERNARD, très-haut.

Et, comme je le menaçais de la pendre…

ANDRÉ.

Qui, ma fille ?

LE FAUX BERNARD.

Non, la vieille.

ANDRÉ.

Ah ! oui ; il a payé rançon ?

LE FAUX BERNARD.

C’est ça, vous y êtes ! (Au Drac.) À présent, quoi ?

LE DRAC.

Fais-toi promettre la fille, et va-t’en.

LE FAUX BERNARD, haut, à André.

Ainsi l’affaire est bâclée, et, si Francine veut de moi…

ANDRÉ.

Et pourquoi donc qu’elle n’en voudrait pas ? Attends ! je vas lui parler devant toi.

LE FAUX BERNARD, appelé par les signes du Drac.

Serrez ça d’abord… Ça me fatigue à porter et faut pas que ça traîne. (On frappe à la porte d’en haut.)

ANDRÉ.

N’ouvre pas ! c’est pas la peine qu’on sache… Et puis je ne prends rien en garde sans compter.

LE FAUX BERNARD.

Comptez, comptez ! (Au Drac.) Partons ! (Il sort avec le Drac par le fond. Pendant qu’André compte l’argent, le vrai Bernard frappe encore à la porte d’en haut. André, absorbé, compte les paquets entre ses dents. Bernard entre.)