Scène X
Eh bien, es-tu prêt ? Nous partons.
Vous voulez toujours aller à bord du Cyclope ?
Oui.
Eh bien, vous vous trompez, patron, il est tout près d’ici.
Ah ! où donc ?
Quand vous serez prêt à le recevoir, je le ferai venir.
Fais vite ; je suis prêt.
Non, vous n’êtes pas le plus fort.
Tu m’aideras.
Vous êtes donc bien décidé à le tuer ?
Le tuer… moi ? C’est sérieux de tuer un homme et un marin de l’État ! Je veux lui flanquer une paire de soufflets, v’là tout.
Il vous écrasera comme une mouche !
Ça m’est égal !
Il vous a déjà battu dans le temps, et il a manqué tuer votre garçon, qui était deux fois fort comme vous.
C’est pour ça ! J’ai ça su’ le cœur, y a trop longtemps !
Et puis il est riche, et l’argent est là…
Ah ! tu m’y fais penser, à son magot. (Allant à l’armoire.) Je veux d’abord lui rendre ça ; je ne veux pas qu’il croie… Je veux lui jeter le tout à la figure ! Qu’est-ce que c’est que ça ? Des coquilles ? (Il renverse le contenu du tiroir et reste stupéfait.)
Il vous a joué là un bon tour, patron.
Il s’est moqué de moi !
Il s’est donné pour riche, et il n’avait rien !
Si fait, j’ai vu les doubles louis.
Vous étiez à jeun ?
Non, j’avais bu un peu de rhum chez Antoine ; mais…
Alors tout à l’heure il va vous réclamer son argent !
C’est pas malaisé à lui rendre.
Il dira que c’était de l’or, et que vous l’avez volé.
Il dira ça ? il me traitera de voleur, moi ?
Il ne l’a pas fait pour autre chose que pour vous insulter et vous déshonorer.
Cré vingt dieux ! si c’est ça son idée, faut que je le tue !
Allons donc ! (Haut.) Comment ? avec quoi ?
J’en sais rien, ça m’est égal !…
S’il vous tue, lui ?
S’il me tue, la loi le tuera.
Ah bien, attendez !
Qu’est-ce que c’est que ça ?
C’est le signal convenu entre Francine et lui.
Comment que tu sais ça ?
Quand il est venu ici la première fois, j’étais caché là, et j’ai entendu.
Je comprends, oui. Eh bien, vient-il ?
Le v’là, courage !
J’ai pas besoin de courage, j’en ai.
Jetez-vous sur lui, vite, avant qu’il ait eu le temps de se reconnaître.
Oui, oui ! tu vas voir !