Le Journal d'une femme de chambre (1900) adopte la forme du journal intime tenu par Célestine, jeune femme de chambre qui a servi successivement dans de nombreuses maisons bourgeoises et aristocratiques à travers la France, et qui livre à travers ses notes quotidiennes un témoignage d'une causticité et d'une lucidité exceptionnelles sur les vices, les hypocrisies et les perversions cachées de ses employeurs successifs, observés de l'intérieur de leur intimité domestique la plus crue par cette domestique dont le regard sans concession dévoile impitoyablement la médiocrité morale dissimulée derrière les apparences de respectabilité bourgeoise. Mirbeau y déploie une satire sociale d'une violence et d'une causticité rares dans la littérature française de son temps, Célestine croisant au fil de son parcours professionnel une galerie de personnages tous plus corrompus, hypocrites ou pervers les uns que les autres, maîtres tyranniques, maîtresses frigides et jalouses, ou fétichistes aux manies les plus inattendues, dans une œuvre qui refuse absolument toute complaisance envers la bourgeoisie et l'aristocratie françaises de la Belle Époque dont elle dénonce sans relâche l'hypocrisie morale et sociale la plus profonde. Célestine elle-même, loin d'être présentée comme une simple victime innocente de ce système d'exploitation domestique, se révèle un personnage complexe et ambigu, capable elle-même de calculs et de compromissions morales pour assurer sa propre survie dans un système social qui l'opprime structurellement. Par la radicalité de sa satire sociale et la complexité morale de son personnage principal, ce roman demeure l'une des œuvres les plus provocatrices et les plus durablement dérangeantes d'Octave Mirbeau. Ce roman connaît une genèse éditoriale complexe, Mirbeau ayant retravaillé et étoffé considérablement, pour l'édition en volume de 1900, une première version plus courte parue en feuilleton quelques années auparavant dans la presse. Ce roman a depuis été adapté à plusieurs reprises au cinéma, notamment par Luis Buñuel en 1964, preuve de la fascination durable exercée par ce texte sur les cinéastes attirés par sa satire sociale.