Scène PREMIÈRE
J’ai fait ce que monsieur m’a commandé. J’ai sorti les robes de l’armoire… Elles sont bien défraîchies. Il y en a même dont la soie est toute déteinte.
La toilette rose aussi ?
On ne s’en aperçoit pas… Elle est d’un autre rose, sans doute…
Et puis, c’est la plus récente, Barbe, la dernière que madame a achetée… C’était pour un bal, un mois avant sa mort… Elle lui allait si bien !…
Monsieur a tort de se faire ainsi toujours du chagrin…
Vous mettrez cette robe à part, Barbe, dans ma chambre, vous l’étalerez sur le lit, pour qu’elle ne se chiffonne pas.
Monsieur ne va donc pas conserver cette robe-là parmi les autres ?… Ou est-ce les autres que monsieur ne va plus garder dans les armoires ?… Je croyais que monsieur ne voulait rien changer, comme si madame n’était qu’absente et pouvait revenir.
Ne vous inquiétez pas, Barbe.
Si. Je m’inquiète. Que penserait la pauvre madame ?
Que voulez-vous dire ?
J’ai peur que peut-être monsieur songe à les vendre, ces robes. Or, dans mon village, en Flandre, quand on n’a pas vendu tout de suite, la semaine de son enterrement, les hardes d’un mort, on doit les conserver, sa propre vie durant, sous peine de maintenir ce mort en purgatoire jusqu’à ce qu’on trépasse soi-même.
Soyez tranquille, Barbe. Je n’ai l’intention de rien vendre. Donc, faites comme je vous ai indiqué. Et maintenant, écoutez bien : M. Borluut va arriver d’un moment à l’autre… Je lui ai donné rendez-vous à cette heure-ci… Mais, ensuite, j’attends une autre personne.
Monsieur a donc un nouvel ami ?
Je vous dis : une autre personne. Vous la ferez introduire ici, de même, directement.
Bien, monsieur ; bien, monsieur ! Je vais donc mettre à part la toilette rose.