Scène XXI.
Vous n’êtes pas plus prêt que ça ? Je parie que vous alliez oublier de tenir votre promesse !
Non, cher voisin, pas du tout. Mais est-ce que vous exigez que je sois en toilette ?
Oui, certes ; les personnes qui veulent faire connaissance avec vous sont des dames.
Alors c’est différent. (Il sonne.) Vous ne m’aviez pas dit… (À Coqueret qui entre.) Mon habit noir, une cravate blanche ! (Coqueret entre dans la chambre à droite.)
Est-ce que vous n’êtes pas bien ? Je vous trouve la figure allongée depuis ce matin.
C’est possible. J’ai éprouvé une grande secousse.
Quoi donc ? Un accident ?
Oui ! un pavé…
Ah ! vous pensez toujours à vos gryphées, à vos gibbosités !
Non ! c’est un autre pavé qui, en parlant par métaphore, m’est tombé sur la tête, un pavé bien plus lourd, et qui m’a surpris dans mon rêve de bonheur égoïste ! Mais vous aviez raison, mon ami, les rêves nous égarent, et il faut quelquefois faire comme tout le monde. (Regardant Coqueret, qui lui présente son habit.) Les gens les plus simples en savent quelquefois plus long sur la morale du cœur et les délicatesses de la conscience que les plus orgueilleux savans. (Passant son habit.) Vous permettez ? (À Coqueret.) Merci, mon garçon ! Et la cravate ?
Voilà, monsieur !
Je suis content de vous voir dans le vrai. Avec un homme d’esprit comme vous, il y a toujours de la ressource… J’étais fâché contre vous tantôt ! oh ! mais très fâché. Je le disais à ma sœur…
Tiens ! Elle est donc chez vous, votre sœur ?
C’est elle qui veut vous voir. Sans elle et sans ma nièce, qui a pris votre parti…
Et votre nièce aussi est chez vous ? Diable !…
Comment, diable ! … allez-vous me dire encore qu’elle est trop grande, trop petite, trop brune, trop blonde ? Tenez ! ces dames ont voulu venir vous enlever. Elles sont là, dans ma voiture. Regardez ! (Il le mène à la fenêtre.)
Comment ! c’est là votre nièce ? Eh bien ! ce n’est pas elle que j’avais vue ! Je ne la connaissais pas du tout.
Ah ! monsieur, elle est belle comme un ange, cette dame !
Oui, certes ! une beauté sérieuse et douce !
Vous voyez bien que vous avez des yeux !
Rendez grâce à votre étoile, mon cher ! Elle est entichée de science, car, sans vous avoir vu, et rien que sur le bien qu’on lui a dit de vous, elle s’est fourrée dans les livres depuis huit jours, et sa mère craint qu’elle n’en devienne folle.
Ah ! vous croyez qu’elle s’intéressera… (À Coqueret.) Attache donc ce cordon de soulier… (Au voisin.) Et elle a la bonté de…
Attendez, monsieur, votre cravate va très mal ! Et puis il ne faut pas avoir l’air d’un ébouriffé ! (Elle lui arrange les cheveux.)
Ne la faisons pas attendre ! Partons, partons, voisin !
Et notre mariage, monsieur ?
En même temps que le mien, mon garçon ! Bientôt !
Ah ! vous les mariez ? Vous faites bien ! (ils sortent.)