Scène première.
Mademoiselle !
Laissez-moi.
Mademoiselle !
Qu’osez-vous me demander ? Je recevrais la maîtresse de mon frère chez moi ! chez moi ! dans mon appartement ! dans la maison de mon père ! Laissez-moi, vous dis-je, je ne veux pas vous entendre.
C’est le seul asile qui lui reste, et le seul qu’elle puisse accepter.
Non, non, non.
Je ne vous demande qu’un instant, que je puisse regarder autour de moi, me reconnaître.
Non, non… Une inconnue !
Une infortunée, à qui vous ne pourriez refuser de la commisération si vous la voyiez.
Que dirait mon père ?
Le respecté-je moins que vous ? craindrais-je moins de l’offenser ?
Et le Commandeur ?
C’est un homme sans principes[1].
Il en a comme tous ses pareils, quand il s’agit d’accuser et de noircir.
Il dira que je l’ai joué ; ou votre frère se croira trahi. Je ne me justifierai jamais… Mais qu’est-ce que cela vous importe ?
Vous êtes la cause de toutes mes peines.
Dans cette conjoncture difficile, c’est votre frère, c’est votre oncle que je vous prie de considérer : épargnez-leur à chacun une action odieuse.
La maîtresse de mon frère ! une inconnue !… Non, monsieur ; mon cœur me dit que cela est mal ; et il ne m’a jamais trompée. Ne m’en parlez plus ; je tremble qu’on ne nous écoute.
Ne craignez rien ; votre père est tout à sa douleur ; le Commandeur et votre frère à leurs projets ; les gens sont écartés. J’ai pressenti votre répugnance…
Qu’avez-vous fait ?
Le moment m’a paru favorable, et je l’ai introduite ici. Elle y est, la voilà. Renvoyez-la, mademoiselle.
Germeuil, qu’avez-vous fait !