Scène III
Lui qui me doit tout !… que j’ai cent fois défendu contre le Commandeur !… à qui… (En apercevant sa sœur.) Malheureuse, à quel homme t’es-tu attachée !…
Que dites-vous ? Qu’avez-vous ? Mon frère, vous m’effrayez.
Le perfide ! le traître !… elle allait dans la confiance qu’on la menait ici… Il a abusé de votre nom…
Germeuil est innocent.
Il a pu voir leurs larmes ; entendre leurs cris ; les arracher l’une à l’autre ! Le barbare !
Ce n’est point un barbare ; c’est votre ami.
Mon ami ! Je le voulais… il n’a tenu qu’à lui de partager mon sort… d’aller, lui et moi, vous et Sophie…
Qu’entends-je ?… vous lui auriez proposé ?… lui, vous, moi votre sœur ?…
Que ne me dit-il pas ! que ne m’opposa-t-il pas ! Avec quelle fausseté !…
C’est un homme d’honneur ; oui, Saint-Albin, et c’est en l’accusant que vous achevez de me l’apprendre[1].
Qu’osez-vous dire ?… Tremblez, tremblez… Le défendre, c’est redoubler ma fureur… Éloignez-vous.
Non, mon frère, vous m’écouterez ; vous verrez Cécile à vos genoux… Germeuil… rendez-lui justice… Ne le connaissez-vous plus ? Un moment l’a-t-il pu changer ?… Vous l’accusez ! vous !… homme injuste !
Malheur à toi, s’il te reste de la tendresse !… Je pleure… tu pleureras bientôt aussi.
Vous avez un dessein ?
Par pitié pour vous-même, ne m’interrogez pas.
Vous me haïssez.
Je vous plains.
Vous attendez mon père.
Je le fuis ; je fuis toute la terre.
Je le vois, vous voulez perdre Germeuil… vous voulez me perdre… Eh bien ! perdez-nous… Dites à mon père…
Je n’ai plus rien à lui dire… il sait tout.
Ah ciel !