Le Petit Chose (1868), roman largement autobiographique qui installe la réputation initiale d'Alphonse Daudet, raconte l'enfance et la jeunesse difficiles de Daniel Eyssette, surnommé avec une condescendance affectueuse « le Petit Chose » par son entourage, dont la famille ruinée par la faillite de l'usine paternelle connaît un déclassement social douloureux qui contraint le jeune Daniel à occuper très tôt un poste de pion surveillant dans un collège de province où il subit les brimades et les humiliations tant des élèves indisciplinés que de ses supérieurs hiérarchiques peu bienveillants. Daudet y transpose directement sa propre expérience d'enfance marquée par la ruine familiale et par une expérience personnelle éprouvante de surveillant scolaire mal préparé à cette fonction difficile, développant un récit d'apprentissage empreint d'une tendresse nostalgique et d'une ironie douce-amère envers ce jeune héros maladroit et sensible, ballotté par les circonstances difficiles de sa jeunesse entre échecs professionnels successifs et tentatives de rédemption personnelle et artistique, notamment à travers sa propre vocation littéraire naissante qui lui permettra finalement de surmonter ces épreuves de jeunesse. Ce roman, qui mêle constamment l'humour tendre caractéristique de Daudet à une émotion sincère sur les difficultés de l'enfance déclassée socialement, installe durablement sa réputation d'écrivain sensible et attachant, capable de restituer avec justesse psychologique les tourments discrets de la jeunesse sans jamais sombrer dans un pathos excessif. Par sa dimension autobiographique sincère et son ton d'apprentissage tendre, ce roman reste l'une des œuvres les plus personnelles et les plus attachantes d'Alphonse Daudet. Le roman est explicitement sous-titré « Histoire d'un enfant » par Daudet lui-même, précision qui souligne d'emblée la dimension autobiographique assumée de ce récit d'apprentissage largement calqué sur sa propre jeunesse nîmoise puis lyonnaise. Ce roman inaugure ainsi durablement, dès les débuts littéraires de Daudet, la veine tendre et nostalgique qui caractérisera l'ensemble de son œuvre ultérieure.