Le Peuple (1846), essai passionné et engagé de Jules Michelet rédigé dans le contexte de tensions sociales croissantes de la fin de la monarchie de Juillet, quelques années à peine avant la Révolution de 1848, développe une réflexion vibrante sur la condition et la dignité morale des classes populaires françaises, paysans et ouvriers, que Michelet connaît et décrit avec une empathie et une connaissance intime remarquables pour un intellectuel de son rang social, s'opposant explicitement aux préjugés méprisants qu'une partie de la bourgeoisie cultivée de son temps nourrissait envers le peuple, perçu tantôt comme dangereux et menaçant, tantôt comme simplement grossier et inculte. Michelet y développe une vision profondément démocratique et patriotique selon laquelle le véritable génie et la véritable âme de la nation française résident avant tout dans le peuple lui-même, dans son instinct, sa générosité naturelle et sa capacité d'amour et de sacrifice, plutôt que dans les seules élites cultivées ou dans les institutions officielles de l'État, plaidant pour une réconciliation nationale fondée sur l'amour mutuel entre les classes sociales plutôt que sur la lutte ou le mépris réciproque qui menaçait alors, selon son analyse, de déchirer durablement la société française. Cet essai, rédigé dans une prose lyrique et passionnée caractéristique du style historique de Michelet, s'inscrit directement dans le climat d'effervescence sociale et politique qui précède immédiatement la Révolution de 1848, dont Michelet espérait ardemment qu'elle réaliserait cette réconciliation nationale démocratique qu'il appelait de ses vœux. Par sa défense passionnée de la dignité populaire, cet essai reste un témoignage précieux de l'engagement social et démocratique de Jules Michelet. Ce texte, publié deux ans avant les événements révolutionnaires de février 1848 que Michelet appelait de ses vœux, s'accompagne dans cette édition de Nos Fils, essai ultérieur consacré à l'éducation de la jeunesse, où Michelet prolonge sa réflexion pédagogique et démocratique sur la formation morale et civique des nouvelles générations appelées à porter l'idéal national qu'il défend.