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Émile Zola
Le Rêve, par Émile Zola
XIXᵉ siècle
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Domaine public · libre & gratuit
Source : Gallica / Bibliothèque nationale de France
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Le Rêve, par Émile Zola

AmourReligion

Le Rêve (1888), seizième volume des Rougon-Macquart, se distingue radicalement du reste du cycle par sa tonalité mystique et quasi merveilleuse : Angélique, jeune orpheline recueillie par un couple de brodeurs pieux dans l'ombre d'une cathédrale gothique, grandit bercée par la lecture assidue de la Légende dorée et par les vies de saintes martyres, développant un idéal d'amour aussi pur et absolu que ceux dont elle a nourri son imagination d'enfant solitaire. Elle tombe amoureuse de Félicien, jeune homme mystérieux croisé au hasard de la ville, sans savoir qu'il est en réalité le fils de l'évêque du diocèse, séparé d'elle par un abîme social que son père entend faire respecter à tout prix, refusant d'abord catégoriquement cette union entre son fils et une simple brodeuse sans naissance. Zola construit ce roman comme une expérience volontairement à contre-courant de son propre naturalisme habituel, un conte quasi hagiographique où le rêve, la foi et l'amour pur triomphent presque miraculeusement des obstacles sociaux, jusqu'à un dénouement bouleversant où Angélique, unie à Félicien au moment même où elle succombe à la maladie, semble emportée directement de la noce vers la mort dans une apothéose mystique. Œuvre atypique dans le cycle par son atmosphère éthérée et sa veine quasi religieuse, Le Rêve témoigne de la volonté de Zola de faire varier les tons et les registres à l'intérieur même de son vaste projet naturaliste, entre observation clinique de la société et incursion dans le merveilleux chrétien. Rédigé entre janvier et août 1887, le roman paraît d'abord en feuilleton dans la Revue illustrée du 1er avril au 15 octobre 1888, avec des illustrations de Jeanniot gravées sur bois par Florian, avant sa publication en volume chez Charpentier en octobre de la même année. Cette parenthèse mystique surprend une partie de la critique contemporaine, partagée entre enchantement devant cette veine nouvelle et sarcasme envers ce qui semble un reniement passager du naturalisme militant.