Le Roi Candaule (1844) est une nouvelle de Théophile Gautier qui reprend le récit rapporté par l'historien grec Hérodote sur le roi de Lydie Candaule, si fier de la beauté de son épouse Nyssia qu'il ne peut s'empêcher de la faire admirer nue, à son insu, par son garde du corps Gygès, indiscrétion qui pousse la reine, humiliée dans sa pudeur bafouée, à contraindre Gygès, sous peine de mort, à assassiner le roi imprudent pour venger cette offense et à prendre lui-même sa place sur le trône. Gautier y déploie son goût habituel pour l'exotisme antique et la sensualité descriptive raffinée, transformant cette anecdote historique rapportée par Hérodote en un conte sur le désir, la pudeur et le pouvoir du regard, dans une prose précieuse et picturale caractéristique de son style. Le Roi Candaule reste apprécié des lecteurs de Gautier pour son érotisme antique élégamment suggéré. Paru en cinq livraisons dans La Presse du 1er au 5 octobre 1844, ce récit inspirera un demi-siècle plus tard André Gide, qui compose sa propre adaptation théâtrale du même sujet hérodotéen durant l'été 1899, publiée en 1901 et créée la même année au Nouveau-Théâtre dans une mise en scène de Lugné-Poé, offrant un exemple rare de dialogue direct entre deux générations d'écrivains autour d'une même légende antique. Le mythe de Candaule et Gygès, déjà rapporté par Hérodote dans ses Histoires au Ve siècle avant notre ère comme fondement légendaire de la dynastie des Mermnades en Lydie, connaît ainsi à travers ces deux versions françaises du XIXe siècle une double actualisation littéraire, l'une en prose ornementale, l'autre en drame symboliste. Cette même légende antique inspirera plus tard, bien après Gautier et Gide, plusieurs adaptations dans d'autres arts, confirmant la fascination durable exercée par ce mythe du regard interdit et de la pudeur bafouée sur l'imaginaire occidental depuis l'Antiquité jusqu'au XXe siècle.