Les Petits Bourgeois, roman inachevé de Balzac entrepris dès 1843 sous le titre provisoire de Modeste avant de connaître plusieurs remaniements successifs de son projet initial, ne paraît qu'après la mort de l'auteur, en 1855, publié à titre posthume par son éditeur à partir des fragments et des chapitres laissés en l'état par un Balzac visiblement débordé par l'ampleur croissante et de plus en plus confuse du projet qu'il s'était fixé. Le roman s'attache à décrire, avec le souci encyclopédique caractéristique de La Comédie humaine, le monde de la petite bourgeoisie parisienne de son époque, classe sociale instable et mouvante, tiraillée entre la crainte constante de la paupérisation et l'espoir tout aussi vivace d'une promotion sociale, peuplée notamment de jeunes provinciaux montés à Paris à la recherche d'une position stable, personnages dont plusieurs profils recyclent et prolongent des figures déjà esquissées par Balzac dans Les Employés ou La Femme supérieure. Cette œuvre, dont l'inachèvement même témoigne paradoxalement de l'ambition démesurée que Balzac nourrissait pour ce projet toujours plus vaste et toujours plus difficile à maîtriser dans son ensemble, offre malgré tout un tableau précieux et vivant de cette classe sociale intermédiaire alors en pleine expansion démographique et politique dans le Paris du XIXe siècle. Par son ambition inachevée mais révélatrice de peindre la petite bourgeoisie parisienne dans toute sa complexité sociale, Les Petits Bourgeois reste un témoignage précieux, bien qu'incomplet, du projet totalisant de La Comédie humaine. Ce texte, malgré son inachèvement, continue d'intéresser les chercheurs pour ce qu'il révèle du processus créatif balzacien et de ses hésitations face à l'ampleur croissante de son propre projet romanesque. Plusieurs éditeurs ultérieurs ont tenté d'en proposer une conclusion satisfaisante, sans qu'aucune de ces tentatives ne fasse jamais véritablement consensus parmi les balzaciens. Il demeure ainsi un document précieux sur les limites mêmes de l'ambition totalisante de La Comédie humaine face au réel.