SECTION VI. De quelle maniere il faut piquer un plan de fortification en entier pour éviter la confusion des points, & pour n’en point oublier à piquer de ceux qui sont nécessaires.
APrès que l’on aura attaché le plan que l’on veut piquer sur le papier blanc avec quatre pinces à coulans ou quatre épingles fines, pour éviter la confusion des points, on ne piquera point les banquettes des ouvrages ni les traverses des chemins couverts, a moins que le plan ne fût au moins sur une ligne pour toise, auquel cas on pourroit les piquer pour les avoir plus justes.
Il ne faudra point non plus piquer les embrasures des batteries de canon si elles y étoient marquées, ni les souterreins lorsqu’ils seront en partie sous le parapet, parce que toutes ces choses sont aisées à rapporter au compas ; mais pour les souterreins qui ne seront que sous le rempart ou sous le terre-plein des ouvrages, ils seront piqués, parce que leurs points ne feront pas grande confusion.
Il ne faudra pas encore piquer les ponts & autres minuties semblables, autant qu’on le pourra, pour éviter toujours la grande confusion des points,
A l’égard du dedans d’une place, il faut tout piquer.
Pour ce qui est des environs de la place, l’on ne doit piquer que tout ce qui se doit faire à la régle, comme les maisons, s’il y en a, les chauffées, si elles sont droites, dans toute leur longueur, ou par parties, & autres semblables.
A Pour le reste du paysage il sera pris à la vître, comme nous l’avons dit ci-devant art I. sect. 5.
Pour donc tâcher de n’oublier aucun point
piquer de ceux qui sont nécessaires, il faut garder un ordre, comme de piquer tout de suite la ligne magistrale de tous les ouvrages de la fortification ; ensuite celle des parapets, puis celle des remparts & leur talut ; après quoi on viendra aux fossés, aux contrescarpes, de là aux chemins couverts, & enfin au pied de leur glacis, s’ils sont terminés.
A l’égard du dedans de la place il faudra le diviser par quartiers, c’est-à-dire par parties, que l’on marquera, si l’on veut, par un trait de crayon très-léger, afin de pouvoir l’effacer aisément avec la mie de pain rassis, sans être obligé de frotter trop fort, pour ne point gâter l’original.
Mais comme l’on oublie toujours à piquer quelques points, quelque soin que l’on prenne, & que ces points oubliés sont quelquefois de conséquence pour reconnoître au crayon, ou mettre tout-d’un-coup à l’encre de la Chine ou au carmin, selon qu’il convient ; que de plus l’on pique assez souvent deux ou trois fois les mêmes points, ce qui endommage toujours un peu l’original & la copie, & qu’enfin l’application & les soins que l’on prend pour ne point oublier à piquer des points, fatiguent & ennuient, sur tout ceux qui ne sont pas dans une grande habitude de piquer, voici un expédient que j’ai imaginé, dont je me suis toujours bien trouvé pour éviter ces soins & ces fatigues, & qui est immanquable pour ne point oublier des points à piquer.
On prendra du papier huilé, ou plutôt du papier à la serpente, que l’on pourra rendre encore plus transparent par le moyen de l’huile de térébenthine de Venise ; on attachera l’original entre ce papier transparent & celui sur lequel on veut faire la copie, puis on piquera, comme nous avons dit, tous les points qui seront nécessaires ; il est certain qu’il sera aisé de voir sur le papier transparent ceux qui n’auront pas été piqués, ; mais ce papier transparent ne pourra servir qu’une fois, si ce n’est à tirer quelques desseins au crayon.
Notez que lorsqu’on aura mis le dessein au crayon & à l’encre ou au carmin, selon qu’il conviendra, il ne faudra point le laver qu’après qu’on l’aura décrassé avec la mie de pain rassis, (ceci est dit pour tous les desseins que l’on aura mis au crayon) en frottant légerement, pour ne point gâter le papier.