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Classiquesen Ligne

SECTION XII.  Des Jours & des Ombres, & de quelle maniere ces dernieres sont produites. Planches 9. 10. & 11.

PAR le moyen des jours & des ombres, le dessein le plus plat paroît de relief, parce que l’un & l’autre donnés à propos en détachent les parties les unes des autres, en arrondissent & relevent en bosse les unes, & en creusent ou enfoncent les autres ; ainsi les ombres & les jours sont absolument nécessaires dans les desseins, sur-tout dans ceux de l’Architecture civile & militaire, qui sont toujours représentés d’une maniere toute plate, la perspective n’y étant point employée, a cause que l’on a besoin d’en connoître les dimensions, & de prendre des mesures sur ces desseins, pour la construction & l’exécution des, ouvrages qu’ils représentent.

Mais pour bien placer & figurer les ombres, on auroit besoin d’un Traité complet sur cette matiere, qu’il ne convient pas de donner ici, parce qu’il dépend de la perspective5 ; nous dirons seulement en passant, pour les ombres qui sont nécessaires dans ce Traité, qu’il y en a de deux sortes, sçavoir des ombres coupées, & des ombres adoucies, dont nous avons donné les définitions dans l’art. 11. de la section I. de cette seconde partie.

Il reste à dire de quelle maniere ces ombres se forment sur les surfaces où elles sont reçues. La voici.

1o. Les ombres qui sont produites sur des surfaces cylindriques & sphériques, comme sur une colonne ou sur un dôme, par ces corps mêmes, sont toujours adoucies des deux cotés, sçavoir du coté que le corps ou la surface est éclairée, & de celui qui ne l’est pas. (plan. 10. fig. z. & 2.)

2o. Mais les ombres qui se font sur des superficies concaves, comme dans la moitié de la sphere, (fig. 4. même planche) par ces corps mêmes, ces ombres ne sont adoucies que d’un côté, qui est celui sur lequel le jour donne, comme il est évident par les mêmes fig. 3.  & 4.

3o. A l’égard des ombres qui sont produites par d’autres corps que par ceux sur lesquels elles sont reçues, soit que la superficie de ces derniers soit plane ou sphérique, ces ombres sont toujours coupées ; ainsi une lucarne ou un œil de bœuf sur un dôme produit une ombre coupée sur ce dôme, de même que sur un plan de couverture plane, parce que cette lucarne ou cet œil de bœuf tranche tout d’un coup le jour.

4o. L’ombre produite par un corps sur une surface verticale, si le jour passe par-dessus le corps qui produit l’ombre, cette ombre formera un triangle dont la base sera égale à sa hauteur, si l’on suppose que le corps lumineux est élévé à 45 degrés au-dessus de l’horizon ; c’est ce qui arrive à la face du bâtiment, (pl. 11. fig. 2.) à cause du pavillon à gauche par-dessus lequel le jour passe, & à la partie de courtine marquée D (planch. 9. fig. 1.), à cause du flanc C par-dessus lequel le jour passe de même.

5o. Si une surface qui est dans l’ombre est parallele à notre vûe, l’ombre sera égale dans toute son étendue.

6o. Mais si la surface n’est point parallele à notre vue, comme la face B du bastion, (pl. 9. fig. 1.) l’ombre sera inégale dans toute son écendue, & toute sa force commencera où le jour est tranché, comme ici à l’angle flanqué, parce que cette partie étant censée plus près de notre vûe, elle doit, suivant l’optique, nous paroître plus sensible ; & par la même raison cette ombre doit diminuer insensiblement jusqu’à l’angle de l’épaule, j à mesure que les parties de cette face B s’éloigneront de notre vûe ; & l’on sera ensorte que la teinte ne fasse qu’éteindre la blancheur du papier où l’ombre finit. Il en doit être de même du flanc C, (même fig.)

7o. Si une surface est inclinée à l’horizon, comme il arrive lorsqu’on représente en plan, c’est-à-dire à vûe d’oiseau le comble d’une couverture, pour en faire voir les noues & les arrêtiers comme ici (pl. 11. 1. fig. 5.) la face S & la croupe où est l’ouverture R étant du coté de l’ombre, l’ombre qui sera sur ses faces aura toute sa force à leur sommet & diminuera insensiblement jusqu’à leur pied, pour la même raison que nous avons dite art. 6. Il en sera de même pour les faces à droite des deux pavillons & pour leurs croupes. Il en doit être encore de même pour les glacis du chemin couvert d’une place ; & après avoir donne l’ombre nécessaire sur ces faces, on étendra la teinte qui conviendra à la nature d’ouvrage. (Sect. III art. 2. & 3.) Ainsi si la couverture est de tuiles, on passera une demi-teinte de vermillon, ou une d’indigo si elle est d’ardoise. Voilà pour les ombres ; voyons à présent pour les jours.

8o. Si une surface éclairée est parallele à notre vûe, le jour sur cette surface sera égal dans toutes les parties de la surface.

9o. Mais si cette surface n’est point parallele à notre vûe, comme la face A du bastion (pl. 9. fig. 1.), le jour sera inégal dans toute l’étendue de cette face, & route sa force, qui sera à l’angle flanqué, diminuera insensiblement à rien jusqu’a l’angle de l’épaule, pour la même raison, art 6. & l’on passera sur cette face la teinte qui conviendra à la nature d’ouvrage. (Sect. III. art 2. & 3.) Il en sera de même du flanc E.

AVERTISSEMENT.

Comme j’ai remarqué que la plupart des Ingénieurs & des Dessinateurs lavent le toît dans une façade de bâtiment plus fortement à son sommet qu’à son pied, de la couleur qui convient à la nature d’ouvrage, ce qui vient de ce qu’ils prennent dans les estampes des Graveurs les hachures pour le plus fort de la couleur, il est bon d’avertir ici que c’est au contraire le blanc du papier qui en est le plus fort, comme il est évident par les estampes même, puisque dans une estampe qui represente une face de bâtiment, s’il y a des avant-corps à cette façade, le Graveur laisse le premier, qui est censé le plus près de notre vûe, entierement blanc ; le second qui en est plus éloigné, il le hache foiblement ; s’il y en a un troisiéme, comme il est encore plus reculé, il le hache plus fortement ; & enfin la face du bâtiment étant encore plus reculée que celle du troisiéme avant-corps, il en fait la hachure encore plus forte6. Par la même raison il hache le toît du bâtiment d’une certaine force au sommet, & diminue la force de la hachure insensiblement à rien jusqu’au pied de ce toît, qu’il laisse entierement blanc, ce qui fait fuir le faîte & avancer le pied, c’est-à-dire que le toît paroît incliné, comme il le doit être ; & de la maniere que la plupart des Ingénieurs & des Dessinateurs le lavent, il paroît au contraire se redresser, au lieu de s’incliner.

Or suivant l’optique, plus les objets sont éloignés de notre vûe, moins ils nous paroissent sensibles ; mais les arrieres-corps dans une façade de bâtiment sont plus éloignés de notre vûe que les avant-corps, de même le faîte d’un toît est aussi plus éloigné que le pied : or dans les estampes des Graveurs le premier avant-corps est blanc, & les autres sont hachés plus fortement à proportion qu’ils sont plus éloignés ; de même le pied du toît est blanc, & le reste jusqu’au faîte est haché, & cette hachure est fortifiée à mesure qu’elle approche du faîte.

Donc le blanc du papier dans les estampes des Graveurs, est le plus fort de la couleur qui représente la nature d’ouvrage.