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Classiquesen Ligne

SECTION V.  Des notes ou marques que l’on joint aux positions des Cartes géographiques, & que l’on place en quelques endroits des Cartes. Pl. 19.

POUR connoître dans les cartes les jurisdictions & les prérogatives des villes & autres, les Géographes ont inventé de petites figures, dont quelques-unes sont parlantes pour les choses qu’elles doivent signifier, & ils ont donné aux autres telle signification qu’il leur a plu, donc quelques-uns se sont différemment servi d’une partie ; mais il me semble qu’ils auroient beaucoup mieux fait de convenir d’une même signification, c’est pourquoi nous rapporterons celles qui sont les plus usitées pour ces petites marques ou figures, après que nous aurons expliqué ce que l’on doit entendre par le mot de Position. On nomme Position, dans les cartes géographiques, tous les points que l’on peut lever géométriquement ; & pour avoir une carte bien juste, l’on n’en doit point négliger de ceux-ci, qui sont les villes, les bourgs, les villages, les hameaux, les métairies, les châteaux, les abbayes, les prieurés, les commanderies, les chapelles, les maisons de campagne, les moulins à eau & à vent, les fours à chaux, à briques & à tuiles, les carrieres, les fontaines, c’est à-dire leurs sources, les arbres de remarque, les croix de pierre & de bois, les poteaux & bornes qui marquent les limites des finages & des seigneuries, ausquels sont ordinairement attachées les armoiries du Seigneur de la terre, les poteaux avec des bras que l’on nomme Guidons, qui indiquent les chemins ; les gibets & les grands coudes des rivieres & des chemins, lesquels points de position fervent à placer le paysage, qui consiste, sçavoir :

En montagnes, côteaux ou rideaux, vallées, forêts, prairies, terres labourables, vignes, marais-salans, jardins, allées d’arbres, haies, buissons, chauffées, digues, levées ou turcies, dunes, rivieres, ruisseaux, étangs, & enfin en chemins & en sentiers.

Au surplus on écrira très-exactement les noms propres de chaque ville, bourg, & c. auprès de la position même ; on écrira aussi ceux des rivieres & des ruisseaux, & autres.

Nous expliquerons dans les Sections suivantes de quelle maniere on doit représenter chaque chose, & dans quel détail on doit entrer pour chaque carte, tant pour les positions que pour le paysage, & l’on verra dans les planches la façon d’exprimer toutes ces choses en petit.

Pour revenir aux significations des notes ou marques (pl. 19.) que l’on employe dans les cartes, nous dirons que les deux premieres qui sont deux couronnes, l’une fermée & l’autre ouverte, sont propres pour marquer, l’une les empires, & l’autre les royaumes, dans les cartes qui contiennent quelqu’une des quatre parties du monde ; pour cet effet on les placera dans le cœur du royaume ou de l’empire, ou auprès de la capitale, autant qu’il sera possible.

La troisiéme, qui sont deux clefs en sautoir, dénote les fiefs de l’Eglise.

Les neuf suivantes signifient les dignités de l’Eglise, soit Catholique, Schismatique, ou Protestante ; ces figures se placent toujours au bout de la fléche du clocher de l’église ou du temple.

Dans les trois manieres de poser un ou deux sabres dans un champ de bataille, tels qu’on les voit ici, on connoît le gain ou la perte d’une bataille. On doit entendre par celui qui a la pointe en haut, la bataille gagnée pour le Prince sur les terres duquel elle a été donnée ; & par celui qui a la pointe en bas, on doit entendre le contraire pour ce même Prince. Ainsi, par exemple, si le Roi de France gagne une bataille sur les terres de l’Empereur, il faut mettre le sabre la pointe en bas ; si au contraire il la perd, il faut mettre la pointe en haut ; & lorsque la perte sera égale de part & d’autre, on mettra deux sabres qui auront la pointe en haut, si le champ de bataille est resté au Prince sur les terres duquel la bataille a été donnée ; & on fera le contraire s’il l’a perdue.

Pour faire connoître si une Abbaye est d’hommes ou de filles, on met ensuite du nom propre de l’abbaye les lettres majuscules A.R.H. si ce sont des hommes, ce qui veut dire Abbaye Royale d’hommes ; ou A.R.F. si ce sont des filles, & ces trois lettres signisient Abbaye Royale de filles.

Notez qu’on ne doit mettre aucun trait sur ces lettres, il faut seulement les séparer chacune d’un point.

Les sept lettres majuscules avec un petit trait dessus, dont deux jointes ensemble qui ne sont comptées que pour une, dénotent les sept degrés de qualités dont quelques terres sont qualifiées : on place encore celles-ci auprès des positions qui marquent les terres qui ont ces titres de haute noblesse.

Les trois lettres majuscules, dont deux ont un petit trait au-dessus, & la troisiéme un petit triangle, l’aigle à deux têtes, & les douze notes ou figures qui suivent, font connoître les avantages & les prérogatives que quelques villes & seigneuries possedent. Ces figures se placent aussi au-dessus de la position, & non au clocher, à la réserve des trois majuscules & de l’aigle, qui se mettent à côté de la position.