PRÉFACE
La première édition de ce petit livre parut au mois d’Avril 1875. Elle était anonyme, mais il en fut tiré une dizaine d’exemplaires portant le nom de l’auteur. J’ai appris plus tard que l’imprimeur s’était cru obligé de déposer un de ces derniers, en sorte que, contre mon intention, le volume fut inscrit sous mon nom dans le Journal officiel de la librairie[1].
La même année, la Librairie de la Sorbonne en publia une seconde édition toujours anonyme.
Cette bagatelle fut, paraît-il, réimprimée vers 1879, avec mon nom cette fois, dans une Mosaïque appartenant à l’éditeur Pigoreau ; reproduction faite sans doute à mon insu, car je n’en ai gardé aucun souvenir. Elle m’a été révélée, en octobre 1904, par un extrait du Petit-Niçois, extrait qu’une agence de publicité m’envoya à Paris.
Un des rédacteurs de ce journal[2] ayant trouvé ma fantaisiste relation dans un ancien numéro de la Mosaïque, en rédigea pour ses lecteurs une rapide analyse et conclut ainsi : « Après avoir pris, à lire cette boutade, un plaisir très grand, je me proposais d’en faire, un de ces jours prochains, le sujet d’une de mes chroniques, lorsque, ouvrant par hasard le Journal du Mercredi 12 Octobre, j’y trouve un long article de tête de M. Edmond Haraucourt qui, sous le titre La traversée de Paris, reprend et amplifie, sur un plan identique, avec des arguments, des péripéties et presque des mots pareils, l’idée géniale d’Alfred Franklin… La coïncidence est vraiment curieuse et valait d’être signalée ». C’est ce que je me suis décidé à faire aujourd’hui, le Petit-Niçois étant, me dit-on, un journal très répandu dans le Midi. Toutefois, je tiens en même temps à déclarer que le critique de Nice m’a semblé trop sévère. M. Haraucourt s’est inspiré de mon livre, cela est évident ; mais, en réalité, je ne vois guère qu’il m’ait emprunté beaucoup plus que l’idée première.
Somme toute, ce que je lui reprocherai surtout, c’est de m’avoir forcé à mettre une préface quelque peu prétentieuse en tête d’une bluette modeste qui s’en était très bien passée jusqu’ici.
ET DES COLONIES