Lettres de mon moulin (1869), premier grand succès d'Alphonse Daudet, rassemble une série de courts textes présentés comme des lettres écrites depuis un moulin provençal abandonné où l'auteur se serait retiré pour goûter la tranquillité de la campagne méridionale, prétexte littéraire qui permet à Daudet de composer une galerie savoureuse de contes et de tableaux pittoresques sur la Provence et ses habitants, mêlant légendes locales, portraits hauts en couleur de personnages provençaux truculents et méditations plus personnelles empreintes d'une nostalgie tendre pour cette région natale de l'auteur. Le recueil rassemble des textes restés parmi les plus célèbres et les plus étudiés de toute la littérature française scolaire, comme La Chèvre de Monsieur Seguin, fable sur le désir d'indépendance qui coûte la vie à une chèvre trop éprise de liberté face au loup qui finit par la dévorer à l'aube après une lutte acharnée toute la nuit, ou Les Étoiles, récit empreint d'une poésie pastorale délicate sur la veillée nocturne partagée entre un jeune berger et la fille de ses employeurs, sous un ciel étoilé propice aux confidences les plus pures. Daudet y déploie un art du conte bref d'une élégance stylistique et d'une tendresse ironique caractéristiques qui feront sa réputation durable, mêlant constamment humour méridional truculent et mélancolie discrète, dans une célébration nostalgique de la Provence traditionnelle déjà perçue comme menacée par la modernisation et l'uniformisation culturelle de la France de son époque. Par la postérité scolaire considérable de plusieurs de ses contes, ce recueil demeure l'une des œuvres les plus universellement connues et enseignées de toute la littérature française. Daudet, qui s'était en réalité contenté de brefs séjours dans ce moulin provençal plutôt que d'y résider véritablement comme le suggère la fiction du recueil, y construit une Provence largement idéalisée et nostalgique plutôt qu'un tableau strictement documentaire. Ce recueil, dont plusieurs textes furent d'abord publiés séparément dans la presse parisienne avant leur réunion en volume, contribue à installer durablement Daudet comme l'un des grands portraitistes littéraires de la Provence dans l'imaginaire national français.