LETTRE lxxxviii.
n dit que l’homme est un animal sociable. Sur ce pied-là, il me paroît qu’un François est plus homme qu’un autre, c’est l’homme par excellence ; car il semble être fait uniquement pour la société.
Mais j’ai remarqué parmi eux des gens qui non-seulement sont sociables, mais sont eux-mêmes la société universelle. Ils se multiplient dans tous les coins, et peuplent en un instant les quatre quartiers d’une ville : cent hommes de cette espèce abondent plus que deux mille citoyens ; ils pourroient réparer aux yeux des étrangers les ravages de la peste ou de la famine. On demande dans les écoles si un corps peut être en un instant en plusieurs lieux ; ils sont une preuve de ce que les philosophes mettent en question.
Ils sont toujours empressés, parce qu’ils ont l’affaire importante de demander à tous ceux qu’ils voient où ils vont et d’où ils viennent.
On ne leur ôteroit jamais de la tête qu’il est de la bienséance de visiter chaque jour le public en détail, sans compter les visites qu’ils font en gros dans les lieux où l’on s’assemble ; mais, comme la voie en est trop abrégée, elles sont comptées pour rien dans les règles de leur cérémonial.
Ils fatiguent plus les portes des maisons à coups de marteau, que les vents et les tempêtes. Si l’on alloit examiner la liste de tous les portiers, on y trouveroit chaque jour leur nom estropié de mille manières en caractères suisses. Ils passent leur vie à la suite d’un enterrement, dans des compliments de condoléances, ou dans des sollicitations de mariage. Le roi ne fait point de gratification à quelqu’un de ses sujets, qu’il ne leur en coûte une voiture pour lui en aller témoigner leur joie. Enfin, ils reviennent chez eux, bien fatigués, se reposer, pour pouvoir reprendre le lendemain leurs pénibles fonctions.
Un d’eux mourut l’autre jour de lassitude, et on mit cette épitaphe sur son tombeau : « C’est ici que repose celui qui ne s’est jamais reposé. Il s’est promené à cinq cent trente enterrements. Il s’est réjoui de la naissance de deux mille six cent quatre-vingts enfants. Les pensions dont il a félicité ses amis, toujours en des termes différents, montent à deux millions six cent mille livres ; le chemin qu’il a fait sur le pavé, à neuf mille six cents stades ; celui qu’il a fait dans la campagne, à trente-six. Sa conversation étoit amusante ; il avoit un fonds tout fait de trois cent soixante-cinq contes : il possédoit d’ailleurs, depuis son jeune âge, cent dix-huit apophtegmes tirés des anciens qu’il employoit dans les occasions brillantes. Il est mort enfin à la soixantième année de son âge. Je me tais, voyageur ; car comment pourrois-je achever de te dire ce qu’il a fait et ce qu’il a vu ? »
Les Persans possédaient anciennement une année solaire composée de douze mois. Mais le triomphe de l’islamisme mit fin à l’usage du calendrier national et introduisit chez tous les peuples musulmans les noms des mois arabes, qui sont employés dans les Lettres persanes.
L’année des Arabes et des musulmans est purement lunaire et ne reçoit point de mois intercalaires comme l’année juive. Elle se divise en douze mois de 29 ou de 30 jours, dont voici les noms, selon la transcription adoptée aujourd’hui :
Moharrem, Safar, Rébi premier, Rébi second, Djoumâda premier, Djoumâda second, Redjeb, Cha’ban, Ramadhân (que les Persans prononcent Ramazdân) Cheoual, Dhou’l-qa’da et Dhou’l-hidja (les Persans disent : Zou’l-qadè, Zou’l-hidjè).
Il est facile de reconnaître dans ces noms ceux qui figurent successivement dans les dates de chaque lettre : Maharram, Saphar, Rébiab 1 et 2, Gemmadi 1 et 2, Régheb, Chahban, Rhamazan, Chalval, Zilcadé, Zilhagé.
Le défaut absolu de concordance entre cette année lunaire et notre année solaire fait qu’un mois quelconque, celui de Ramadhân, par exemple, qui est celui du carême musulman, tombe successivement en décembre, novembre, octobre, etc., par une avance annuelle de onze à douze jours.
Les Persans, ainsi que les Arabes, commencent la semaine au dimanche, à l’imitation des Juifs, et par conséquent la finissent au samedi, que les Arabes nomment yaum-el-sebt et les Persans rouz-i-chembeh, c’est-à-dire, « jour du sabbat ». Le vendredi, qui chez les musulmans est le jour de repos, s’appelle en arabe yaum-el-djoumaʼ « jour de l’assemblée », et en persan adîneʼi ou azîneh, « fête ». Les autres jours n’ont pas de nom particulier ; les Arabes disent : premier, second, troisième, quatrième, cinquième jour yaum el-ahad, 'y’aum el-ithnéïn, yaum el-thalathâ, yaum el-arba’â, yaum el-khamîs) ; les Persans : un du sabbat, deux du sabbat, trois du sabbat, quatre du sabbat, cinq du sabbat.(yek chembeh, dou chembeh, seh chembeh, tchâr chembeh, pendj chembeh).
(Cette note est due à l’obligeance de M. Marcel Devic, traducteur d'Antar.)
Lettre I.
Lettre II.
Lettre III.
Lettre V. Supprimée dans 1721 2e Marteau.
Lettre VI (I de 1721 2e Marteau).
Lettre VII (V de 1721 2e Marteau).
Lettre VIII (VI de 1721 2e Marteau).
Lettre IX (VII de 1721 2e Marteau).
Lettre X (fondue avec la suivante dans 1721 2e Marteau).
Lettre XI (VIII de 1721 2e Marteau).
Lettre XII (IX de 1721 2e Marteau).
Lettre XIII (X de 1721 2e).
Lettre XIV (XI de 1721 2e).
Lettre XV (1re du Supplément de 1754).
Lettre XVI (XV de 1721 1re, supprimée dans 1721 2e Marteau).
Lettre XVII (XVI de 1721 1re, XII de 1721 2e Marteau).
Lettre XVIII (XVII de 1721 1re, XIII de 1721 2e Marteau).
Lettre XIX (XVIII de 1721 1re, XIV de 1721 2e).
Lettre XX (XIX de 1721 1re, XV de 1721 2e).
Lettre XXI (XX de 1721 1re, XVI de 1721 2e).
Lettre XXII (2e du Supplément de 1754).
Lettre XXIII (XXI de 1721 1re, XVII de 1721 2e).
Lettre XXIV (XXII de 1721 1re, XVIII de 1721 2e).
Lettre XXV (XXIII de 1721 1re, supprimée dans 1721 2e).
Lettre XXVI (XXIV de 1721 1re, XIX 1721 2e).
Lettre XXVII (XXV de 1721 1re, XX de 1721 2e).
Lettre XXVIII (XXVI de 1721 1re, XXI de 1721 2e).
Lettre XXIX (XXVII de 1721 1re, XXII de 1721 2e).
Lettre XXX (XXVIII de 1721 1re, XXIII de 1721 2e).
Lettre XXXI (XXIX de 1721 1re, XXIV de 1721 2e).
Lettre XXXII (XXX de 1721 1re, supprimée dans 1721 2e).
Lettre XXXIII (XXXI de 1721 1re, XXV de 1721 2e).
Lettre XXXIV (XXXII de 1721 1re, XXVI de 1721 2e).
Lettre XXXV (XXXIII de 1721 1re, XXXIII de 1721 2e).
Lettre XXXVI (XXXIV de 1721 1re, XXVIII de 1721 2e).
Lettre XXXVII(XXXV de 1721 1re, XXIX de 1721 2e)
Lettre XXXVIII (XXXVI de 1721 1re,? XXX de 1721 2e).
Lettre XXXIX (XXXVII. de 1721 1re, XXXI de 1721 2e).
Lettre XL (XXXVIII 1721 1re, XXXI 1721 2e.
Lettres XLI-XLIII (XXXIX-XLI de 1721 1re ; supprimées dans 1721 2e).
Lettre XLIV (XLII de 1721 1re, 1721 2e).
Lettre XLV (XLIII de 1721 1re, XXXIV 1721 2e).
Lettre XLVI (XLIV 1721 1re, XXXV 1721 2e).
Lettre XLVII (XLV 1721 1re, supprimée dans 1721 2e).
Lettre XLVIII (XLVI 1721 1re, XXXVI 1721 2e).
Lettre XLIX (XLVII de 1721 1re, XXXVII de 1721 2e).
Lettre L (XLVIII de 1721 1re, XXXVIII de 1721 2e).
Lettre LI (XLIX de 1721 1re, XXXIX de 1721 2e).
Lettre LII (L de 1721 1re, XL de 1721 2e).
Lettre LIII (LI de 1721 1re, XLI de de 1721 2e).
Lettres LIV-LXIV (LII-LXII de 1721 1re, XLII-LII de 1721 2e).
Lettre LXIV
Lettre LXV (LXIII 1721 1re, supprimée dans 1721 2e).
Lettre LXVI (LXIV 1721 1re, LII 1721 2e).
Lettre LXVII (LXV 1721 1re, LIV 1721 2e).
Lettre LXVIII (LXVI 1721 1re, LV 1721 2e).
Lettre LXIX (LXVII 1721 1re, LVI 1721 2e).
Lettre LXX (LXVIII 1721 1re, supprimée dans 1721 2e).
Lettre LXXI (LXIX 1721 1re, supprimée dans 1721 2e).
Lettre LXXII (LXX 1721 1re, LVII 1721 2e).
Lettre LXXIII (LXXI 1721 1re, LXI 1721 2e).
Lettre LXXIV (LXXII 1721 1re, LXII 1721 2e).
Lettre LXXV (LXXIII 1721 1re, LXIII 1721 2e).
Lettre LXXVI (LXXIV 1721 1re, LXIV 1721 2e).
Lettre LXXVII (3e du Supplément de 1754).
Lettre LXXVIII (LXXV 1721 1re, LXV 1721 2e).
Lettre LXXIX (LXXVI 1721 1re, LXVI 1721 2e).
Lettre LXXX (LXXVII 1721 1re, LXVII 1721 2e).
Lettres LXXXI-LXXXIII (LXXVIII-LXXX 1721 1re, LXVIII-LXX 1721 2e).
Lettre LXXXIV (LXXXI 1721 1re, LXXI 1721 2e).
Lettre LXXXV (LXXXII 1721 1re, LXXXII 1721 2e).
Lettre LXXXVI (LXXXIII 1721 1re, LXXIII 1721 2e).
Lettre LXXXVII (LXXXIV 1721 1re, LXXIV 1721 2e).
Lettre LXXXVIII (LXXXV 1721 1re, LXXV 1721 2e).
Page 147, lignes 13 et 14, au lieu de : pour garant de vertu, lisez, pour garant de sa vertu.