Scène XVI
Que nous dit-on, Lisette ?
Vous voulez nous quitter sans qu’on vous le permette ?
Je venais demander cette permission.
Vous épousez… monsieur ?
C’est une passion.
Oh ! oui.
Non, Monseigneur, ce n’est qu’un honnête homme,
Fils d’un de vos fermiers.
Oui, madame, on me nomme…
Tais-toi.
Pour quoi donc faire ? on me parle.
Tais-toi.
Il n’est pas beau, Louison.
Il l’est assez pour moi.
Parbleu ! monsieur Berthaud, vous ne vous gênez guères
De venir à Paris braconner sur nos terres,
Et nous ravir ainsi les cœurs en un moment.
Vous êtes un fripon.
Ce seigneur est charmant.
Et votre poulet froid, sans compter la bouteille,
Vous en trouvez-vous bien ?
Monseigneur, à merveille ;
Je…
Tais-toi donc.
Encor ? toujours se taire ici !
Je me rattraperai chez nous.
Et vous aussi,
Madame, riez-vous de mon futur ménage ?
Non, Louise, j’ai compris, et je vois ton courage.
Si j’ai peine, à présent, à te laisser partir,
Tu n’auras pas du moins lieu de t’en repentir.
Ta dot, bien entendu, me regarde, et j’espère
Rendre aussi ton retour agréable à ton père.
Quant à ton prétendu…
Vous m’avez dit tantôt
De trouver un prétexte.
Allons, monsieur Berthaud,
Aimez bien votre femme ; elle est bonne et jolie.
C’est encore ici-bas la plus sage folie.
- ↑ Ces vers et les dix-neuf suivants se suppriment au théâtre.
(Note de l’auteur.) - ↑ Au lieu de ce vers on dit au théâtre :
Ce sont de doux chagrins qui vous semblent amers.
(Note de l’auteur.)
Cette comédie a été écrite pour le Théâtre-Français, qui en donna la première représentation le 22 février 1849. L’auteur avait compté sur mademoiselle Mante pour le rôle de la maréchale ; mais, au moment où les répétitions commençaient, cette grande actrice était déjà atteinte de la maladie à laquelle elle devait succomber. La pièce, accueillie avec faveur, fut cependant traitée fort sévèrement par la critique ; c’est à quoi le poète fait allusion dans le sonnet adressé à mademoiselle Anaïs, qui avait joué le rôle de Louison avec beaucoup de talent.