Lourdes (1894), premier volume de la trilogie Les Trois Villes, raconte le pèlerinage de cinq jours accompli par l'abbé Pierre Froment, prêtre traversant une crise de foi profonde et durable, jusqu'au célèbre sanctuaire marial des Pyrénées, en compagnie de son amie d'enfance Marie de Guersaint, jeune femme paralysée à la suite d'une chute de cheval qui espère ardemment y trouver la guérison miraculeuse que la médecine s'est révélée incapable de lui offrir. Zola y déploie son habituelle minutie documentaire, désormais tournée vers l'observation quasi ethnographique de la ferveur collective des pèlerins malades et de leurs familles, la commercialisation déjà bien installée du site sacré autour du grand commerce des objets pieux, et l'ambiguïté irrésolue entre authentiques guérisons inexplicables et simples rémissions psychosomatiques que la science médicale de son temps peine à départager avec certitude. Pierre Froment, dont le regard sceptique mais bienveillant sert de fil conducteur à toute l'observation romanesque, ne parvient lui-même jamais à retrouver la foi perdue qu'il était venu chercher à Lourdes, tout en étant profondément touché par la sincérité et la détresse authentique de la ferveur populaire qu'il observe autour de lui sans pouvoir la partager pleinement. Ce roman, qui inaugure la trilogie où Pierre Froment poursuivra son cheminement spirituel jusqu'à Rome puis Paris, dans un parcours qui le mène progressivement de la foi vacillante vers un agnosticisme assumé, marque un tournant notable dans l'œuvre tardive de Zola vers une réflexion plus directement religieuse et philosophique que ses grandes fresques sociales antérieures. Ce roman reste aujourd'hui l'un des textes les plus documentés jamais écrits sur le phénomène du pèlerinage marial et ses ambiguïtés entre foi sincère et exploitation commerciale. L'abbé Pierre Froment, dont le cheminement se poursuivra dans les deux volumes suivants de la trilogie, incarne le regard sceptique mais compatissant que porte Zola lui-même sur la question religieuse de son temps.