Manuel historique de politique étrangère, tome Ier (sur 4) : les origines, ouvrage historique d'Émile Bourgeois paru à la fin du XIXᵉ siècle, retrace les origines de l'Europe moderne pour ancrer la politique étrangère française dans une compréhension historique, en insistant sur les fractures de la Réforme, la montée des États souverains, l'expansion coloniale, la question d'Orient et les luttes d'équilibre des puissances qui se cristallisent autour de la diplomatie de Richelieu ; l'ouvrage se présente comme un instrument d'éducation civique plutôt qu'un guide technique destiné aux diplomates. L'ouvrage s'ouvre en exposant son objectif : la France, désormais responsable de son propre destin, doit étudier l'histoire pour choisir et conserver sa juste place dans le monde, le livre servant ainsi d'outil d'instruction publique ; une brève notice pour la seconde édition explique le travail de recherche nécessaire pour corriger des jugements partisans et salue le tournant de la France vers une politique étrangère guidée par ses intérêts. La longue introduction retrace la formation de l'Europe moderne non pas simplement depuis la chute de Constantinople mais depuis les forces jumelles de la Réforme et de l'expansion outre-mer, qui brisèrent l'unité religieuse tout en renforçant les États absolutistes ; elle oppose les poussées coloniales maritimes à la persistante question d'Orient et souligne la montée de la Russie comme prolongement, teinté d'héritage byzantin, de l'expansion médiévale des frontières. Le récit se tourne ensuite vers Richelieu : confronté à un quasi-encerclement par les Habsbourg, il reconstruit des alliances, conteste le contrôle hispano-impérial des cols alpins (la Valteline) et, malgré des crises internes (révoltes huguenotes, conspirations de cour, La Rochelle), intervient de façon décisive dans la succession de Mantoue. En prenant Pignerol, en dégageant Casal, en forgeant une ligue italienne et en obtenant le traité de Cherasco, il fait échouer les desseins espagnols en Italie du Nord et détache la Ligue catholique allemande de la tutelle espagnole (traité de Fontainebleau). La section se referme sur l'entrée en scène de Gustave-Adolphe, subventionné par la France mais poursuivant ses propres ambitions protestantes et baltiques, qui complique l'équilibre soigneusement maintenu par Richelieu, les envoyés français peinant à contenir les excès suédois tout en préservant l'alliance anti-Habsbourg plus large.