Maria Chapdelaine (1913), roman de Louis Hémon rédigé après un séjour personnel de l'auteur français au Québec où il travaille lui-même comme ouvrier agricole avant de mourir prématurément et accidentellement peu avant la publication de son roman qui allait pourtant devenir un classique absolu de la littérature canadienne-française, raconte l'existence rude et austère d'une famille de colons défricheurs dans les forêts reculées du Lac-Saint-Jean, à travers le regard de la jeune Maria Chapdelaine, courtisée par trois prétendants aux tempéraments contrastés : François Paradis, coureur des bois aventureux et passionné qu'elle aime sincèrement mais qui meurt tragiquement égaré dans une tempête de neige avant qu'ils ne puissent se marier, Lorenzo Surprenant, émigré au bonheur matériel plus confortable proposé depuis les usines américaines, et Eutrope Gagnon, humble et loyal voisin colon qui incarne la fidélité la plus rustique à la terre ancestrale québécoise. Hémon y développe, à travers le choix final de Maria en faveur d'Eutrope et donc de la vie rude mais authentique de colonisation agricole plutôt que du confort matériel américain, une célébration profonde et durablement influente de l'identité et de la survivance culturelle canadienne-française, dont la formule finale du roman, faisant dire à la terre québécoise elle-même « rien ne doit mourir et rien ne doit changer », deviendra un véritable manifeste identitaire pour tout le Québec du XXe siècle. Ce roman, écrit paradoxalement par un Français mort avant même de connaître son immense succès posthume, reste considéré comme l'un des textes fondateurs les plus emblématiques de toute la littérature et de l'identité nationale québécoises. Ce roman connaît une popularité si considérable au Québec qu'il y sera adapté à plusieurs reprises au cinéma tout au long du XXe siècle, devenant une référence culturelle incontournable de l'identité québécoise bien au-delà du seul public littéraire. Hémon travaillait comme simple journalier agricole au moment de rédiger ce roman, existence rude qui nourrit directement l'authenticité de sa description de la vie des colons du Lac-Saint-Jean qu'il avait lui-même partagée quelques mois durant.