Mauprat (1837) raconte la transformation morale de Bernard de Mauprat, jeune noble élevé dans la sauvagerie et la brutalité la plus totale par une branche dégénérée et criminelle de sa famille, les Mauprat de la Roche-Mauprat, brigands de grand chemin sans foi ni loi qui terrorisent toute la région, avant qu'il ne soit sauvé de cette influence corruptrice par sa cousine Edmée, jeune femme d'une vertu et d'une fermeté morale exemplaires qui accepte de l'éduquer et de le civiliser progressivement, à condition expresse qu'il renonce définitivement à la violence et aux mœurs sauvages de son éducation criminelle initiale. Bernard, profondément et sincèrement épris d'Edmée qui lui a ainsi offert sa rédemption morale, doit néanmoins affronter les soupçons injustes qui pèsent sur lui lorsqu'un crime est commis dans des circonstances qui semblent l'incriminer directement, procès retentissant où sa transformation morale authentique et l'amour sincère qui le lie désormais à Edmée sont mis à l'épreuve devant la justice et l'opinion publique avant qu'il ne soit finalement innocenté et puisse épouser celle qui l'a sauvé de lui-même. Sand y développe une réflexion optimiste et profondément humaniste sur la capacité de rédemption morale de l'être humain, même le plus corrompu par une éducation criminelle, pourvu qu'il rencontre l'amour et l'exigence morale d'une personne capable de croire en sa possible transformation. Par son message optimiste sur la rédemption et sa construction narrative proche du roman gothique et d'aventures, Mauprat reste l'un des romans les plus accessibles et les plus captivants de George Sand, souvent rapproché par la critique du modèle narratif des romans gothiques anglais alors très lus en France. George Sand adaptera elle-même ce roman pour la scène en 1853, tant le succès et l'attachement du public pour cette histoire de rédemption par l'amour se sont révélés durables depuis sa publication originale en feuilleton en 1837.