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Classiquesen Ligne

Scène IV.

MITHRIDATE.

Je ne le croirai point ? Vain espoir qui me flatte !
Tu ne le crois que trop, malheureux Mithridate !
Xipharès mon rival ! et, d’accord avec lui,
La reine aurait osé me tromper aujourd’hui !
Quoi ! de quelque côté que je tourne la vue,
La foi de tous les cœurs est pour moi disparue !
Tout m’abandonne ailleurs ! tout me trahit ici !
Pharnace, amis, maîtresse ; et toi, mon fils, aussi !
Toi de qui la vertu consolant ma disgrâce…
Mais ne connais-je pas le perfide Pharnace ?
Quelle faiblesse à moi d’en croire un furieux
Qu’arme contre son frère un courroux envieux ;
Ou dont le désespoir me troublant par des fables,
Grossit, pour se sauver, le nombre des coupables !
Non, ne l’en croyons point ! et, sans trop nous presser,
Voyons, examinons. Mais par où commencer ?
Qui m’en éclaircira ? quels témoins ? quel indice ?…
Le ciel en ce moment m’inspire un artifice.
Qu’on appelle la reine. Oui, sans aller plus loin,
Je veux l’ouïr : mon choix s’arrête à ce témoin.
L’amour avidement croit tout ce qui le flatte.
Qui peut de son vainqueur mieux parler que l’ingrate ?
Voyons qui son amour accusera des deux.
S’il n’est digne de moi, le piége est digne d’eux.
Trompons qui nous trahit : et pour connaître un traître,

Il n’est point de moyens… Mais je la vois paraître :
Feignons ; et de son cœur, d’un vain espoir flatté,
Par un mensonge adroit tirons la vérité.