Scène II.
En est-ce fait, Arcas ? et le cruel Pharnace…
Ne me demandez rien de tout ce qui se passe,
Madame, on m’a chargé d’un plus funeste emploi ;
Et ce poison vous dit les volontés du roi.
Malheureuse princesse !
Ah ! quel comble de joie !
Donnez. Dites, Arcas, au roi qui me l’envoie,
Que de tous les présents que m’a faits sa bonté
Je reçois le plus cher et le plus souhaité.
À la fin je respire ; et le ciel me délivre
Des secours importuns qui me forçaient de vivre.
Maîtresse de moi-même, il veut bien qu’une fois
Je puisse de mon sort disposer à mon choix.
Hélas !
Retiens tes cris, et, par d’indignes larmes,
De cet heureux moment ne trouble point les charmes.
Si tu m’aimais, Phœdime, il fallait me pleurer
Quand d’un titre funeste on me vint honorer,
Et lorsque, m’arrachant du doux sein de la Grèce,
Dans ce climat barbare on traîna ta maîtresse.
Retourne maintenant chez ces peuples heureux ;
Et si mon nom encor s’est conservé chez eux,
Dis-leur ce que tu vois ; et de toute ma gloire,
Phœdime, conte-leur la malheureuse histoire.
Et toi qui de ce cœur, dont tu fus adoré,
Par un jaloux destin fus toujours séparé,
Héros avec qui, même en terminant ma vie,
Je n’ose en un tombeau demander d’être unie,
Reçois ce sacrifice ; et puisse en ce moment
Ce poison expier le sang de mon amant !